Author Message

<  Taverne  ~  Bibliothèque "verte"

Bastako-clbrs
Posted: Mon Jun 11, 2018 12:32 pm Reply with quote
Admiral II

Level 19

122494 / 175000
LiveSkipper Member Joined: 04 Nov 2014 Posts: 1355 Location: loin de l'océan... FR
Salut PT,


J'ai expiré à fond. (…mais je ne garantis pas le résultat !)
Wink


petit tonnerre-clbrs wrote:
Déjà, on peut noter que la remise en cause de notre vision occidentale du monde
et de notre relation avec celui-ci, date déjà de quelques décennies !...
...Sans avoir un vraiment d'impacts sur l'orientation de la civilisation dite "moderne"... Rolling Eyes Confused
Oh oui !
J'ajouterais même, depuis plus d'un siècle déjà. (Après, tout dépend de quelle "composante" de la vision occidentale nous parlons ; tout dépend aussi, à quelle vision occidentale nous nous référons.)
Pour rester sur le plan que tu développes plus bas (la culture judéo-chrétienne), il y a Lynn T. White Jr qui a proposé une critique dans un texte traduit dans ce recueil Les philosophies de l'environnement, préfacé par Catherine Larrère.

Ensuite, sur notre vision occidentale du monde, il ne faut pas oublier qu'une interprétation malencontreuse d'une fameuse phrase de Descartes circule courrament…
Je cite de mémoire : "l'homme se rend comme maître et possesseur de la nature." (Voilà la citation exacte, ainsi qu'une courte explication et une mise en contexte de ce membre de phrase. Pierre Guenancia, un spécialiste de Descartes, a abondamment explicité ce point.)

Par ailleurs, de nombreux écrivains (penseurs, philosophes, essayistes ou écrivains) ont depuis longtemps déjà proposés d'autres "visions occidentales" du monde. (Emerson, Thoreau, les utopistes, Marx, Arendt, Simone Weil…)
petit tonnerre-clbrs wrote:
On pourrait, du coup, prendre un temps de réflexion sur la place de l'intellectuel,
du philosophe, dans la société moderne... Rolling Eyes Confused
Mais ce n'est pas le sujet !... Razz Smile
Puisque tu en parles, je dirais qu'il faut faire un aller-retour constant entre ce que peuvent écrire des philosophes et ce que peuvent faire des femmes et des hommes qui leurs sont contemporains.
Très (très) souvent, les philosophes s'inspirent d'expériences et de pensées qui sont dans l'air du temps ; parfois ils ont un temps d'avance …parfois ils sont à côté de la plaque.


petit tonnerre-clbrs wrote:
Pendant des siècles, l'Européen a considéré
sa puissance technologique comme une preuve
de sa supériorité intellectuelle sur les autres peuples du monde.

Se considérant l'élu de Dieu, avec une culture judéo-chrétienne
qui lui enseignait une nature crée pour pour lui et pour satisfaire
tous ses besoins (et de ce fait, les plus vils aussi !... Confused ),
il a très vite dominé d'autres cultures qui considéraient l'homme
comme une simple entité dans un tout (la nature).
Nature qui est le résultat d'un subtil équilibre entre les choses,
source de richesses pour survivre, et qui se devait, de ce fait,
être respectée pour assurer leur pérennité.

Avec une structure mentale totalement cristallisée par ses certitudes,
l'Européen est parti découvrir le monde pour s'en accaparer (!)...
Avec toutes les conséquences humaines ( Colonialisme et esclavagisme)
et environnementales (Accaparement des richesses).
Je ne suis pas certains que celles et ceux qui sont partis à la conquête du monde étaient de fervents croyants… (…et puis il ne faut pas oublier les différentes interprétations des Ecritures, les multiples sectes catholiques, chrétiennes, orthodoxes…)
Wink

Quant à la "supériorité intellectuelle", cela devrait aussi être discuté point par point. (Montaigne parlait déjà de ces cannibales….)

Sur la "Nature", c'est extrêmement compliqué. (Est-ce que le culture judéo-chrétienne a éradiqué les pratiques et les croyances dans les campagnes françaises ?)
Philippe Descola tente depuis de nombreuses années d'étudier les différentes conceptions de la "nature" de par le monde.
Il tente de montrer, d'un point de vue anthropologique, que la nature n'est pas la même partout. Le "tout" de la nature n'est pas le même "tout" partout. (C'est-à-dire : les conceptions, les significations et les représentations de la nature. Il ne s'agit pas pour lui de passer sous silence le fait que la "nature", au sens physique/chimique/biologique, est bien la même partout. Voir son livre, que je n'ai pas encore lu, Par-delà nature et culture.)
Voici sa proposition :
Nous autres occidentaux sommes rangés dans la case "naturalisme".
(Il faut que je relise mes cours pour une explication plus détaillée…)


petit tonnerre-clbrs wrote:
Les besoins: Un abri pour tous les temps,
des vêtements et de la nourriture pour passer l'année...
Quelques outils pour chasser et cultiver...
Pour la cuisine aussi !...
Et puis voilà !… Cool Very Happy
Attention, les vegans (flexibles ou pas) vont te tomber dessus !
Et puis, désormais, après tous les progrès de la science, de la technique, de la médecine, des sciences-humaines, etc., il te sera difficile de convaincre un grand nombre de personnes de se contenter de si peu… (sans parler de "l'explosion" des pratiques culturelles…)

petit tonnerre-clbrs wrote:
Dans les régions les plus propices ( climat tropical),
des abris succincts, peu de vêtements et des réserves
de nourriture presque inutiles, puisque le climat permet
une disponibilité des ressources tout au long de l'année (!... Cool)
nous ont donné à penser que ces peuples,
avec un fonctionnement, somme toute, très proche des animaux,
étaient forcément moins évolués que nous...
Je te renvoie à Montaigne (ou à d'autres), sinon à Rousseau pour son Discours sur sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (ou encore à Claude Lévi-Strauss avec Tristes tropiques).

Je te comprends bien, tu fais plutôt référence à ce qu'il s'est passé après la découverte de l'Amérique donc bon…
…il faut tout de même reconnaître que les hommes n'étaient sans doute pas aussi "éclairés" qu'aujourd'hui (manque d'éducation, manque d'ouverture aux autres, manque de tolérance, manque de connaissances, nécessités autres, motivations autres…).
Il nous sera toujours impossible pour nous autres de saisir intégralement la manière dont fonctionnaient ces femmes et ces hommes-là. (Déjà qu'il nous est impossible de nous comprendre, nous autres, intégralement…).

petit tonnerre-clbrs wrote:
On sait mieux maintenant, que souvent, leur approche et leur proximité
à l'environnement, leur a permis de construire une connaissance
très fournie sur le règne animal et végétal...
Et une vision beaucoup plus holistique de la biodiversité.
Vision que l'homme moderne a encore du mal à percevoir !!... Rolling Eyes Razz
Certes.
Cependant, vision holistique de la biodiversité ne signifie pas compréhension de l'interdépendance des systèmes écologiques.
Par exemple : leur connaissance des vertus médicinales de certaines plantes est une connaissance empirique, accumulée sur des centaines d'années, mais cette connaissance n'atteint pas le même degré que celle de la science occidentale contemporaine sur les mêmes plantes.
Cela ne diminue pas leurs découvertes et leurs pratiques, après tout nos ancêtres faisaient la même chose.
Ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas reproduire un "étonnement post-colonialiste bienveillant" : oui ces peuples possèdent des connaissances, oui ces peuples connaissent les vertus de certaines plantes, non ces peuples ne savent pas pourquoi telle plante produit tels ou tels effets.
(Est-ce que cela diminue leurs découvertes ? Non, point du tout.)

Par ailleurs, leur vision holistique de la biodiversité est plutôt, à mon avis, une représentation holistique du monde.
Cela a à voir avec leur façon de se représenter le monde (leurs croyances).
Certes, cette représentation du monde est aussi fondée (ou basée) sur des connaissances empiriques accumulées au fil du temps (cycle des saisons, agriculture, reproduction animale, espèces végétales et/ou animales présentes dans tels ou tels écosystèmes, etc.).
Mais, encore une fois, leur vision holistique n'est pas une vision holisitique fondée sur des données scientifiques mais sur des croyances et des expériences empiriques accumulées (qui ne sont pas, à proprement parler, des expériences scientifiques).
Donc il ne faut pas leur accorder trop de choses.
Je veux dire par là : ce n'est pas parce que leur façon de vivre "est en harmonie" avec la nature qu'ils sont conscients du "pourquoi" du "comment" de leurs actions. (Je ne dis pas, non plus, que nous autres occidentaux sommes totalement et absolument conscients de ce que nous faisons, loin de là.)

Néanmoins, il est certain que la vision de l'homme moderne occidental n'est pas encore "assez" holistique.
D'autres "hommes modernes" ont, eux, depuis longtemps une vision holistique. (Au Japon par exemple.)


petit tonnerre-clbrs wrote:
Quote:
En effet, si « L’homme primitif ne rentabilise pas son activité,
non pas du fait qu’il ne sait pas le faire, mais parce qu’il n’en a pas envie.
» ;
alors pourquoi ne pas l'imiter sur ce point :
avons-nous envie de vivre durablement sur la seule planète vivable du système solaire ?

C'est là qu'on voit le "talon d'Achille" de l'homme "moderne" !...

Ses besoins insatiables pour de nouveaux biens matériels ont,
semble t-il, atrophié une grande partie de son cerveau... ( !! Razz Laughing )

...Pour le plus grand malheur de l'humanité et de son environnement !!... Crying or Very sad Crying or Very sad

Smile Wink
Yep !
Il suffirait peut-être de titiller différemment son cerveau (avec d'autres valeurs, d'autres buts, etc.), sans oublier qu'il faudrait surtout l'éduquer autrement, du moins différemment (et ça il faudrait le faire très rapidement…).
Confused

On verra bien d'ici quelques dizaines d'années la trajectoire suivie…

_________________
View user's profile Send private message
Bastako-clbrs
Posted: Wed Oct 03, 2018 5:09 pm Reply with quote
Admiral II

Level 19

122494 / 175000
LiveSkipper Member Joined: 04 Nov 2014 Posts: 1355 Location: loin de l'océan... FR
Caroline Ford
Naissance de l’écologie. Polémiques françaises sur l’environnement 1800-1930



Disons tout de suite que le titre de la traduction française est trompeur, voici le titre original :
Natural Interests. The Contest Over Environment In Modern France.
(Traduction approximative : Les sites naturels. Polémiques autour de l’environnement dans la France moderne.)

Ainsi, le titre en anglais rend mieux compte de l'objet du livre : il s'agit d'une réunion d'articles qui étudient comment le regard et l'appréhension des "sites naturels" ont évolués au cours du XIXè siècle et au début du XXè siècle en France.

Dit autrement : comment certains français (philanthropes, peintres, scientifiques, hommes politiques, médecins, responsables du service des forêts, etc.) ont changé leur manière de concevoir leurs rapports à certains "sites naturels" (forêts, champs, montagnes, bords de mer, fleuves, déserts…).

Ces rapports sont de différents ordres et les buts poursuivis le sont tout autant : esthétiques, préservation des sites en vue d'en tirer le meilleur (pour le commerce, l'agriculture, etc.), protection et sanctuarisation des sites (pour préserver les espèces), etc.

De fait, le titre français ne traduit pas exactement ce dont il est question dans ce livre : il n'est pas fait ici l'histoire de l'écologie 'à la française'. En réalité, C. Ford s'intéresse à quelque chose d'assez impalpable : "l’émergence de la conscience environnementale".
Elle tente d'exposer un changement dans les mentalités : comment la nature est-elle vue et conçue autrement.
La qualification de certains "sites naturels" (forêts, fleuves, déserts, etc.) en "parcs" ou en "réserves naturelles" au cours du XIXè siècle montre que quelque chose a changé dans la manière d'envisager la nature.
Quote:
Cet ouvrage fait l’historique et explore toute la gamme des nouvelles initiatives environnementales de la fin du XVIIIème siècle jusqu’aux années trente, tout en analysant l’émergence de la conscience environnementale qui les sous-tendait. Jusqu’ici, les historiens se sont seulement penchés sur quelques-unes de ces initiatives individuelles et, en raison de leur large éventail, celles-ci ont rarement été reliées entre elles ; aucune étude synthétique n’a jamais été réalisée, ni jamais envisagée sous l’angle à la fois de la France métropolitaine et de son empire colonial.
(Page 12.)
Que faut-il entendre par "conscience environnementale" ?
Quote:
Le terme de « conscience environnementale » requiert quelque explication. Il ne faudrait pas la confondre avec l’écologie, branche de la biologie qui s’occupe des relations des organismes entre eux ainsi qu’avec leur environnement, ni avec certaines théories ou hypothèses scientifiques spécifiques concernant le monde naturel […]. J’utilise le terme « conscience environnementale » pour rendre compte de la manière dont bon nombre d’individus et groupe sociaux de la société civile française ont appréhendé l’environnement, partant de l’hypothèse qu’en étudiant de plus près les manières plus ou moins disparates d’appréhender l’environnement durant la période qui couvre le XIXème siècle jusqu’au début du XXème, on parviendra à cerner les diverses sources de « l’environnementalisme » en France, tel qu’il sera pensé et pratiqué par la suite dans le courant du XXème siècle.
(Page 12.)
Une petite précision, la traductrice aurait sans doute dû noter ceci en bas de page : "l'environnementalisme" est un courant(mouvement ?) écologique propre(?) aux Etats-Unis.
Si une partie de ce mouvement a essaimé en France, sa mouvance est minoritaire au sein de l'écologie française.
(C. Ford viserait-elle à rattacher la mouvance environnementaliste française aux actions des précurseurs qu'elle étudie dans ce livre ? Ceci serait alors tout à fait discutable : puisqu'on ne voit pas pourquoi les actions de ces précurseurs n'auraient pas influencé n'importe quel mouvement écologiste français.)

Pour mener son étude, C. Ford adopte une méthodologie 'tout-terrain' :
Quote:
Afin de cerner les préoccupations environnementales en France au début du XIXème siècle jusqu’à l’entre-deux-guerres, cet ouvrage s’appuie sur [l’approche littéraire-culturelle, l’approche matérielle-scientifique, et l’approche institutionnelle]*, en montrant tout particulièrement comment la réalité des évènements, tels que les inondations, les bouleversements politiques, l’urbanisation et l’expansion coloniale a façonné les mentalités.
(Page 17.)
* Page 13.
Cette approche est tout à fait pertinente.
Cela permet de montrer que la "conscience environnementale" n'est pas née dans le ciel des idées ou dans la tête de quelques farfelu(e)s (…i.e. des artistes…).
Cela permet de montrer que ce sont des faits, de tragiques évènements ou de graves (in-)conséquences, qui ont provoqué comme des électrochocs dans certains esprits.
Enfin, cela permet de montrer que cette "conscience environnementale" n'est pas exempte d'intérêts mesquins, qu'elle peut coexister avec des vues politiques discutables ou avec des comportements racistes inexcusables… La "conscience environnementale" n'est ni de droite ni de gauche.


Au fond, ce que montre en filigrane C. Ford, c'est la chose suivante : l'appréhension de "sites naturels" (connus de longue date) de manières différentes et nouvelles en vue de les utiliser autrement (la préservation c'est faire un usage singulier d'un "site naturel") est aussi ce moment où se crée un 'site théorique' pour penser l'utilisation de ces "sites naturels".

Autrement dit : pour voir autrement un lieu naturel, il faut créer une autre manière de regarder ce lieu.
(En quelque sorte, il faut disposer d'une nouvelle paire de lunettes. Et ces lunettes peuvent être : une paire de verres scientifiques, artistiques, agricoles, hygiénistes, etc.)

Par exemple :
Quote:
On commençait à prendre conscience des problèmes spécifiques engendrés par l’absence de végétation dans les déserts de sable français, même si nulle intervention humaine n’était coupable de cette désertification. L’écrivain anglais Charles Richard Weld nous a laissé une description saisissante du déplacement des dunes dans les Landes au cours du XIXè siècle. Les Landes comptaient 600 hectares de ce qu’il décrivait comme du « sable à l’infini » et des «  déserts interminables » ; les habitants avaient une vie « courte » et souffraient de « fièvres et de maladies » à cause de la mauvaise qualité de l’eau et de la présence de la malaria. Arthur Mangin (1824-1887) consacrait un chapitre entier aux Landes dans son livre ‘Le désert et le monde sauvage’ paru en 1866, où il nous donnait une des premières descriptions détaillées de cette zone qu’on appellera plus que les Dunes — « Ces collines de sables qui occupaient la côte Ouest sur près de trois cents kilomètres, remontant de l’embouchure de l’Adour jusqu’à la Garonne. » Ces dunes se déplaçaient constamment, car rien ne retenait le sable et dès le début de la Révolution, en 1789, sous la direction de Jacques Necker, on prit finalement des mesures pour que des pins soient plantés afin de fixer les sols. Mesures complétées, douze ans plus tard, le 2 juillet 1801 (13 messidor de l’An 9), afin que l’on plante des arbres le long de la côte de Gascogne sous la conduite de Brémontier et du préfet du département de la Gironde, nouvellement créé. La loi régissant les plantations dans les Landes fut étendue à toutes les régions côtières par le décret du 14 décembre 1814, après l’abdication de Napoléon et son exil à l’île d’Elbe. L’article I stipulait que « dans les départements maritimes des mesures seraient prises concernant les semences, les plantations et la culture des espèces végétales les plus efficaces pour fixer les Dunes. » Pour l’essentiel, le décret proposait le plan futur des plantations sous le contrôle des préfectures et des ingénieurs des Ponts et Chaussées. Le travail fut interrompu, pour des raisons évidentes, pendant les Cent Jours, jusqu’à la défaite de Napoléon à Waterloo et pendant la période de transition avant la restauration des Bourbons. Deux ans après l’instauration du nouveau régime, le 5 février 1887, une ordonnance fut promulguée pour la fixation des dunes en Gironde et des Landes, contrôlée par le directeur général des Ponts et Chaussées et le ministère de l’Intérieur, et dont le coût ne devait pas dépasser les 90 000 francs pour les deux départements. En 1862, la mission passa sous le contrôle du ministère des Finances, supervisée par l’administration des forêts avant d’être enfin achevée.
(Pages 103 et 104.)
Autre exemple de 'verres' différents :
Quote:
Au sens large, artistes et forestiers exprimaient tous deux leur désir de protéger et de sauvegarder le monde naturel. Cependant, pour les forestiers, protéger le paysage signifiait conserver la forêt. Ils souhaitaient utiliser judicieusement les ressources. Les artistes insistaient sur la préservation, qui se fondait « sur le principe de non-utilitarisme », réclamant « l’interdiction de toute interférence quelle qu’elle soit ».
(Page 164.)



C. Ford nous rappelle aussi dans son livre que certaines conférences internationales eurent lieu au début du XXè siècle afin de préserver quelques lieux ou espèces remarquables.
Ainsi, des Congrès et des Conférences internationales eurent lieu à Londres en 1900 ou à Paris en 1909 et en 1923.
Quote:
Ces conférences et congrès internationaux ont peu à peu changé aussi bien dans leur axe que dans leurs composition, priorités et intentions. Alors qu’en France métropolitaine le Congrès de 1909 pour la protection des paysages insistait avant tout sur la préservation des paysages et des sites naturels pour des raisons esthétiques ou historiques, le premier Congrès international pour la protection de la nature avait élargi ses perspectives en incluant la faune et la flore, ainsi que les problèmes de dégradation environnementale au-delà des frontières de l’Europe. Les participants français mirent de plus en plus l’accent sur les territoires coloniaux en raison de la présence de chercheurs et de scientifiques du Muséum d’histoire naturelle, et plus particulièrement de Louis Mangin, son directeur. Cette orientation nouvelle n’était pas une surprise, l’Empire colonial français étant à son apogée dans l’entre-deux-guerres.
(Pages 193 et 194.)
Elle relève les différentes distinctions opérées alors entre divers "sites naturels" :
Quote:
Alors qu’un parc national était une aire protégée pour son intérêt esthétique et destinée à être visitée — « car une beauté qui appartient à tous doit être accessible à tous » —, une « réserve scientifique », en revanche, ne devait pas forcément présenter d’intérêt esthétique et on devait s’efforcer de la conserver dans son état naturel originel pour d’éventuelles observations scientifiques. C’est la raison pour laquelle la délégation française, largement composée de scientifiques associés au Muséum d’histoire naturelle, exigea que dans le texte définitif de la Convention de Londres [en 1900] la distinction soit clairement formulée.
Cette distinction entre parc national et réserve scientifique gouvernera toutes les politiques et les pratiques concernant la protection de la nature dans les colonies françaises de toute l’Afrique. La Tunisie qui, contrairement à l’Algérie, était un protectorat avec une moindre implantation de colons, disposait d’un seul parc national — celui d’Aïn Draham, créé juste après la Première Guerre mondiale — et aucune réserve naturelle.

(Page 204.)
Voici deux passages intéressants pour le parisien que je suis. (Mais cette politique fut aussi étendue en province.)
Quote:
Tandis que serres, jardins et marchés aux fleurs se multiplient, l’Etat français et la ville de Paris entreprirent conjointement de transformer la cité en profondeur, et la période du Second Empire marqua un tournant dans ce domaine. La croisade lancée par les hygiénistes, avant même 1850, pour nettoyer la ville et éloigner les maladies, faisait partie intégrante de cette reconstruction de Paris, plus connue sous le nom d’haussmannisation de la cité, et qui se poursuivit dans les années 1850 et 1860. Le projet fut donc entrepris par le préfet du département de la Seine, le baron Georges Haussmann, qui supervisait les travaux. Après avoir lui-même pris en charge les transformation de la cité, Haussmann confia la direction des travaux publics du bois de Boulogne à l’ingénieur Adolphe Alphand qui, en 1875, fut désigné ingénieur en chef du Service des promenades. Après avoir vaillamment défendu la ville pendant le siège de 1870 par les Prussiens, il fut nommé directeur des Travaux publics après la guerre, en mai 1871, et il participa activement à l’organisation des expositions de 1867, 1878 et 1889. L’une de ses premières initiatives fut de construire des serres dans tous les coins de la ville pour y cultiver des plantes rares et exotiques. Alphand fut secondé dans sa tâche par Jean-Pierre Barillet, jardinier en chef de la capitale. Ensemble, ils furent responsables de la création de parcs à l’intérieur et à l’extérieur de la ville, comme les nouveaux jardins des Champs-Elysées, les jardins du Trocadéro, le parc Montsouris, le parc Monceau, le bois de Boulogne et le bois de Vincennes. Il joua aussi un grand rôle dans la création de parcs similaires dans d’autres villes de France ainsi que de jardins privés.
(Page 255.)
Quote:
L’haussmannisation créa une ville divisée selon les classes sociales. Même les nouveaux espaces verts étaient destinés à accueillir des groupes sociaux bien spécifique. Haussmann écrivit que les parcs de la périphérie, le bois de Boulogne et le bois de Vincennes, chers au cœur de Napoléon III, étaient les domaines des riches et plus particulièrement réservés à ceux qui passaient leur temps libre à étaler leur richesse. Les jardins intra-muros ouverts au public accueillaient une clientèle plus populaire, mais ils jouxtaient des jardins privés ou des squares entourés de grilles.
(Page 258.)
Et C. Ford d'insister sur le fait que la "conscience environnementale" n'appartient à aucun courant politique en propre :
Quote:
Pour certains réformateurs bourgeois, la cité-jardin avait une portée morale et pouvait servir d’instrument de contrôle social comme moyen de transformer une « ceinture rouge » en une « ceinture verte », moins menaçante. Les urbanistes voyaient un parallèle entre les banlieues et les colonies françaises. Toutes deux pouvaient devenir, et deviendraient effectivement, des laboratoires de contrôle social et d’expérimentation. Cela n’empêchait pas certains ouvriers et politiciens socialistes d’approuver la politique de logement social, de développement des espaces verts et des cités-jardins. En fait, dans les Cahiers du socialiste, Albert Thomas, en 1908, reprochait à ses amis socialistes de ne pas s’impliquer davantage dans la création d’espaces verts dans la cité. Selon lui, en ne faisant rien, ou si peu, on laissait la porte ouverte aux menées paternalistes des employeurs […].
[…]
Pourtant, sous bien des aspects, c’est dans la bataille pour sauver « les poumons de Paris » que convergeaient les intérêts d’une partie de la gauche, de la classe ouvrière et des bourgeois. C’est là que les préoccupations hygiénistes de certains socialistes et membres de la Section d’hygiène urbaine et rurale rejoignaient les préoccupations esthétiques de la Société pour la protection des paysages de France et le Touring Club, même s’ils s’observaient souvent avec suspicion.

(Page 280.)


Finissons par préciser que Caroline Ford est une chercheuse américaine spécialisée dans l'histoire des questions environnementales.

Son regard extérieur, loin des partis pris et de certains combats idéologiques ou politiques français, offre au lecteur français une vision rafraichissante sur son pays. (Certains passages sur les qualifications de "sites naturels" en Algérie sont édifiants…)


Bonne lecture !
P.

_________________
View user's profile Send private message
Bastako-clbrs
Posted: Mon Oct 08, 2018 12:14 pm Reply with quote
Admiral II

Level 19

122494 / 175000
LiveSkipper Member Joined: 04 Nov 2014 Posts: 1355 Location: loin de l'océan... FR
Le Naturien. Fac-similé de la collection complète du journal (1898), suivi de L’Ordre naturel. Clameurs libertaires antiscientifiques (1905)
Précédé de « L’écologie en 1898 » par Tanguy L’Aminot.



Voici donc une publication regroupant les exemplaires d’un journal composé par des anarchistes français de la fin du XIXème siècle, dont les plus connus semblent être : Henri Zisly, Tchandala, Honoré Bigot ou Alfred Marné. (Je n’en connais aucun…)

Disons de suite que ces anarchistes naturiens sont un peu déroutants.
Disons aussi qu’il existe des écrits anarchistes plus consistants, stimulants et conséquents.
(Les auteurs du journal Le Naturien ont écrit des livres, que je n’ai pas consulté, dans lesquels ils exposent plus longuement leur pensée. Notez aussi que Serge Latouche a publié un petit bouquin sur H. Zisly, que je n’ai pas lu.)

Voici un petit extrait de leur prose :
Quote:
Nous sommes libertaires, c’est-à-dire anti-autoritaires, ne voulant ni subir nous-mêmes d’autorité ni en faire subir à d’autres, et étant libertaires, nous sommes inévitablement anti-sectaires.

Nous sommes anti-scientifiques parce que, sans parti pris, la science est composée de beaucoup de mensonges, d’artificiel, parce qu’il nous semble que l’observation pratique de la nature est excellente sous différents rapports, reconnaissant pourtant que la nature n’est nullement parfaite — car nous ne voulons pas créer le dogme naturien, ni la déesse Nature — parce qu’aussi, parfois, la nature nous charme et nous plaît, parce qu’elle conviendra à notre esprit, à notre tempérament.

Sommes-nous individualistes ou communistes ? L’un et l’autre, par moments, selon nos besoins (communistes puisque les biens de la terre sont à tous), nos goûts, mais nous sommes attirés plutôt vers une certaine somme d’individualisme — parce que anti-scientifiques — car nous concevons dans le scientifisme libertaire un certain sentimentalisme obligatoire à la bonne marche de cette société : anarchie.

Pourquoi essayons-nous de faire comprendre ces idées à d’autres ? Parce que cela nous fait plaisir de faire connaître ce que nous pensons être une vérité, parce que aussi l’esclavage des autres entraîne le nôtre, parce que, enfin, nous croyons, en simplifiant la question sociale, mieux saisir les cerveaux encore rebelles à la compréhension des lois naturelles — les seules logiques.

Henri Zisly (Page 4 de « L’Ordre Naturel ».)
N’étant pas familier de la pensée anarchiste, il y a pas mal de termes propres au vocabulaire anarchiste que j’ai du mal à saisir.
Toutefois, il est possible de noter différentes choses singulières, intéressantes ou non.

Ces anarchistes ont une vision de la nature qui se rapproche, par certains côtés, d’une vision ‘américaine’ de la nature, à savoir : la « wilderness ».
Il serait possible de les rapprocher, dans une certaine mesure, d’une conception de la nature proche de Thoreau, Leopold ou Muir par exemple.
C’est-à-dire : la nature est bonne, mais il ne faut pas pour autant être en extase devant elle (maladie, poison, catastrophes naturelles, etc.) ; il faut la préserver telle qu’elle est et ne pas perturber son déroulement, d’où leur hantise de la société moderne.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : les naturiens ont en horreur la société moderne, ce qu’ils nomment la « civilisation » (ce n’est pas réellement de la haine contre cette société, mais pas loin…).
Le mot qui revient constamment sous leur plume et qui qualifie parfaitement cette société moderne et industrielle est : « artificiel », et ce par opposition à « naturel ».
Si tout ce qui est « naturel » n’est pas nécessairement bon, en revanche tout ce qui est qualifié d’ « artificiel » est forcément mauvais (et tout peut être « artificiel » : la science, la médecine, l’urbanisme, les biens de consommation, voire les relations humaines, etc.).

H. Zisly dresse une liste qui en dit long sur la pensée naturienne. Elle est intitulée « Nature et Civilisation. Distinctions à faire. »
Voilà quelques extraits significatifs :
Quote:
Bien des gens ne peuvent comprendre ni admettre la logique des lois naturelles, parce qu’elles confondent continuellement civilisation avec nature et vice-versa.
Voici quelques explications qui leur feront mieux saisir, je pense, la compréhension de la Vie simple :
Eclairage naturel : le soleil, la lune, les étoiles, le jour.
Eclairage civilisé : bougies, lampes à électricité, à pétrole, à essence, à gaz, acétylène.
[…]
Locomotion naturelle : marche à pied et traction animale.
Locomotion civilisée : chemins de fer, vélos, autos, navires, ballons, traction animale anormale.
Union sexuelle naturelle : sans distinctions de parentés [En note : A condition, bien entendu, que le mélange du même sang ne dégénère point la race.] (à condition qu’il y ait les deux sexes) sans état civil, sans cérémonies, par libre consentement mutuel. Union plurale ou unique : franchise, liberté.
Union sexuelle civilisée, dite mariage : avec distinctions de parentés, avec état civil, avec cérémonies, par consentement mutuel et par autorité : adultère, prostitution, esclavage. Unions civilisées entre individus du même sexe.
Occupation naturelle : activité.
Occupation civilisée : travail et surmenage.
[…]
Plaisirs naturels : danses champêtres, chant, musique, exercices d’adresse, art rudimentaire, modelage.
Plaisirs civilisés : réceptions, bals, théâtre, courses de chevaux, autos, vélos, taureaux, chasses.
[…]
Musique naturelle : instruments à cordes, flûte, flageolet.
Musique civilisée : instruments mécaniques et marchant à la vapeur.
Chemin naturel : sentier.
Chemin civilisé : route.
Chant naturel : la voix.
Chant civilisé : le graphophone, phonographe.
[…]
Voilà bien des explications qui ne plairont pas à un grand nombre de gens, mais qu’ils ne nous en veuillent pas car nous n’avons rien inventé, les Lois Naturelles sont ainsi faites et la Logique est de les observer.

H. Zisly (Pages 3 et 4 de « L’Ordre naturel ».)

H. Zisly a une tendance certaine à confondre beaucoup de choses, ses distinctions ne sont pas fines : ‘nature’ et ‘civilisation’ sont deux catégories qui ne sont pas aussi transparentes qu’il veut bien le penser.
Par exemple : lorsqu’il écrit « civilisé » , nous lisons souvent ‘culture’ ; lorsqu’il écrit « nature » nous lisons souvent ‘civilisation’ ou ‘société’.
En quoi des « danses champêtres » ne seraient-elles pas empreintes de ‘culture’ et, par extension, propre à une ‘société’ et, alors, propre à une ‘civilisation’ (…donc, jusqu’à un certain point, « civilisées », c’est-à-dire : codifiées, inculquées, transmises, déformées, etc. …donc : non « naturelles ») ?
En quoi des « relations civilisées entre individus du même sexe » ne seraient-elles pas « naturelles » ? Ou, à tout le moins, plus « civilisées » qu’une union sexuelle « sans distinction de parentés » ?


Les naturiens ont beaucoup de bonnes idées, ou plutôt : ils pointent beaucoup d’éléments ou de faits qui peuvent nous faire douter de la bonne marche de la société moderne industrielle au tournant des XIXè et XXème siècles.
Malheureusement, leur dogmatisme anarchiste et leur manque de raffinement dans leurs descriptions de la société urbaine française ne leur permettent pas de voir plus loin.
Leurs propos tournent rapidement en rond et relèvent parfois de la simple propagande, ce qui n’est pas un défaut en soi : cela donne du souffle à leurs écrits. (Il doit y avoir plus à trouver dans leurs bouquins.)

Au final, les naturiens ne parlent pas tant de la « nature » dans leur journal mais plutôt de l’urbanisation galopante qui ferait disparaître une certaine vie naturelle, c’est-à-dire : la vie dans la nature (à ne pas confondre avec la vie aux champs).
Ils semblent regretter la vie de chasseur-cueilleurs qu’ils n’ont jamais connus.
Dans l’introduction, on apprend que toutes leurs tentatives de bâtir des communautés de vie en harmonie avec la nature (et leurs idées) ont échoués.



Espérons que Serge Latouche nous en apprenne plus sur H. Zisly dans son ouvrage, parce que l’introduction proposée par Tanguy L’Aminot, pourtant censée nous présenter les naturiens, est tout simplement indigne du travail d’un éditeur.
Le plus triste est que les rapports de la Police (institution honnie par tout anarchiste qui se respecte) cités par L’Aminot dans l'introduction nous en disent plus sur les naturiens que L’Aminot lui-même…
Quote:
L’homme est bien une catastrophe planétaire. Le retour à la nature, chanté par les naturiens, n’est peut-être pas aussi loin que nous le pensons, mais il n’aura pas les teintes champêtres et paisibles que Rousseau avait rêvées. L’humanité disparaîtra, c’est ce qu’elle a de mieux à faire… Bon débarras…
C’est sur ces mots que l’éditeur finit son introduction… (Page 9 de « L’écologie en 1898 ».)

Il aurait été plus judicieux que les éditions du Sandre (qui nous ont habitué à mieux…) choisissent un autre éditeur, ou alors qu’elles nous proposassent une postface écrite par un autre spécialiste qui eût replacé les naturiens dans un contexte plus large. (Voir ci-dessus le livre de Caroline Ford Naissance de l’écologie. Polémiques françaises sur l’environnement 1800-1930 ou alors le livre de Serge Audier La société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l'émancipation.)

Bref, si vous trouvez ce document en bibliothèque jetez-y un œil, sinon dites-vous bien que vous l’achetez pour les reproductions du journal en fac-similé…


Bonne lecture !
P.

_________________
View user's profile Send private message
Bastako-clbrs
Posted: Tue Oct 16, 2018 2:39 pm Reply with quote
Admiral II

Level 19

122494 / 175000
LiveSkipper Member Joined: 04 Nov 2014 Posts: 1355 Location: loin de l'océan... FR
Jared Diamond
Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie



Voici un pavé : 780 pages à lire.
Rassurez-vous : ça se lit vite et bien, le propos est clair, vulgarisateur même, à tel point qu’il n’y a aucune note de bas de page. (Toute la biographie est regroupée par chapitre à la fin du livre. Il y a même quelques cartes pour situer les sites étudiés tout au long du livre.)
Ceci peut alors expliquer, en partie, pourquoi ce livre fut un best-seller. (En fait, c’est son précédent livre, très controversé, qui permit à ce nouveau livre de devenir un best-seller : J. Diamond allait-il répondre aux attaques portées sur son livre De l’inégalité parmi les sociétés ?)


Bon… comme le titre l’indique clairement : il est question d’effondrement de société.
Société ? Sociétés ? De certaines sociétés ? Des sociétés ?
De tous les genres de sociétés en fait : complexes ou non !


Qu’en est-il du mot « effondrement » ?
Quote:
Par effondrement, j’entends une réduction drastique de la population humaine et/ou de la complexité politique/économique/sociale, sur une zone étendue et une durée importante. Le phénomène d’effondrement est donc une forme extrême de plusieurs types de déclin moindres. Toutefois, décider du niveau de gravité d’un déclin en vue de le qualifier d’ « effondrement » est arbitraire. Parmi ces types de déclin moindres figurent les fluctuations qui affectent normalement et modérément toute société, ainsi que les restructurations politiques/économiques/sociales mineures qui la modifient ; la conquête d’une société par une société très proche, ou son déclin lié à l’ascension de la société voisine, sans qu’il y ait de changement dans la taille de la population globale ni dans la complexité de l’ensemble de la région ; enfin, le remplacement ou le renversement d’une élite dirigeante par une autre.
(Pages 16 et 17.)

Effondrement est un livre qui cherche à comprendre comment/pourquoi une société (ou une civilisation) disparaît.
En fait, J. Diamond se pose tout bonnement une question d’historien en utilisant divers matériaux : des données issues des sciences humaines, des données issues des sciences, des données issues des sciences cognitives, etc.

Cette méthodologie est faite pour répondre à son intuition de base : lorsqu’une société(/civilisation) disparaît plusieurs facteurs entrent en jeu. Pourquoi ?
Parce que, pour qu’une société prospère plusieurs facteurs entrent en jeu.

En quelque sorte, Diamond part des ‘causes’ du succès d’une société pour trouver des réponses à son effondrement.
(Certes, les causes de ‘succès’ sont diverses : environnementales, techniques, pratiques, culturelles, etc. D’autre part, le ‘rapport proportionnel’ entre ces causes n’est pas identique d’une société à l’autre. Il n’en reste pas moins que pour parler d’une société et/ou d’une civilisation il faut que cette société/civilisation existe et donc qu’elle ait déjà réussie… Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes ! Sans parler de l’évolution lente d’une société : la société française du XIXè n’est pas celle du XXè qui n’est pas celle du XIVè…)

Pour bien diffuser sa démonstration et vérifier son hypothèse, il prend pour ‘cobayes’ des sociétés passées qui frappent l’imagination : les Pascuans, les habitants des îles de Pitcairn et d’Henderson, les Ansazis, les Mayas, les Vikings.
Ensuite, pour ‘revenir’ sur terre, il s’intéresse à des sociétés contemporaines : le Rwanda, la République dominicaine et Haïti, la Chine et l’Australie.

Le décalage entre ces sociétés disparues et ces sociétés présentes produit un effet certain sur le lecteur : la méthodologie employée par J. Diamond lui permet d’entrechoquer le présent et le passé et, au final, de montrer que tout effondrement est évitable à condition de bien identifier les problèmes et de les régler.
Car J. Diamond est optimiste (trop ?).

Sans les étudier à fond, il nous parle de sociétés qui sont ‘encore vivantes’ malgré un environnement hostile. Ces sociétés ont fait des choix, difficiles (abandon d’animaux fétiches et donc abandon de certaines croyances et de manières de vivre, contrôle strict des naissances, etc.), afin de perdurer : les Inuits (contemporains des Vikings, avant de se rapprocher des sociétés occidentales modernes), des sociétés en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Quote:
A quoi sert d’étudier comment les sociétés passées et présentes ont réussi ou échoué à résoudre leurs problèmes liés à l’environnement, si ce n’est pour risquer des perspectives ?

Les problèmes liés à l’environnement les plus graves auxquels les sociétés ont été confrontées sont au nombre de douze, regroupés sous quelques rubriques : la destruction ou la perte de ressources naturelles ; les plafonds de ressources naturelles ; les produits dangereux ; la démographie. Huit sur douze se posaient déjà dans le passé ; quatre (l’énergie, la photosynthèse, les produits chimiques toxiques et les changements dans l’atmosphère) ne sont devenus graves que depuis peu.

(Page 738.)
A peu de chose près, les problèmes auxquelles sont confrontées toutes les sociétés actuelles (même au fin fond de l’Amazonie…) sont listés ci-dessus.

Il ne tient qu’à chaque société d’identifier précisément sa situation en regard de chaque critère, mis en évidence par J. Diamond, afin d’éviter l’effondrement …qui n’est pas inéluctable !

Tout au long de l’ouvrage, le lecteur se pose quasiment ces mêmes questions :
Quote:
comment ces sociétés n’ont-elles pas pris conscience de ces dangers qui nous paraissent aujourd’hui évidents ? Ne devons-nous attribuer leur fin qu’à la seule responsabilité de leurs habitants ou bien voir en eux les victimes d’insolubles problèmes ? Dans quelle mesure ces dommages du passé furent-ils involontaires et imperceptibles ou obstinément causés par des individus pleinement conscients de leurs conséquences ? Ainsi, que se dirent les habitants de l’île de Pâques au moment même où ils abattirent le dernier arbre de leur île ?
(Page 49.)
Nous pourrions même ajouter : nous nous posons parfois ces questions à propos de sociétés étrangères à la nôtre et parvenons à identifier certains problèmes et certains dangers …mais n’arrivons pas à faire de même avec notre propre société !

La grille de lecture de J. Diamond, bien que ‘grossière’, suffit à relever des points sensibles que toute société doit absolument étudier et surveiller afin d’éviter une catastrophe.

J. Diamond n’apporte aucune réponse aux questions qu’il soulève.
Il se contente de quelques remarques laconiques dispersées ici et là, par exemple :
Quote:
Il apparaît que le processus décisionnaire d’un groupe peut être entravé par toute une série de facteurs, à commencer par l’incapacité à anticiper ou à percevoir un problème, puis par des conflits d’intérêts qui font que certains membres du groupe vont poursuivre des objectifs qui leur seront profitables mais qui seront nuisibles au reste du groupe.
(Page 49.)
Mouais…



Voici, entre autre, ce que le lecteur non spécialiste (et non au fait des controverses) peut retenir de l’ouvrage : la pérennité d’une société repose sur des ‘variables’ qui lui ont permis de se constituer, de se modifier et de perdurer en tant que société, en tant que telle société ; ces ‘variables’ font l’identité de la société et ces variables sont essentielles (jusqu’à un certain point) pour cette société.

Tout le monde sait à quel point il est difficile de perdre une partie de son identité…
…mais quand l'effondrement guette, ne faudrait-il pas songer à modifier son identité ?




Bonne lecture !
P.

_________________
View user's profile Send private message
Bastako-clbrs
Posted: Mon Oct 22, 2018 9:14 am Reply with quote
Admiral II

Level 19

122494 / 175000
LiveSkipper Member Joined: 04 Nov 2014 Posts: 1355 Location: loin de l'océan... FR
Pablo Servigne & Raphaël Stevens
Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes



Voici un bref manuel de « collapsologie ».
Qu’est-ce que ce truc ?
Il s’agit, d’abord, d’une sorte d’hommage (très) poussé au livre de J. Diamond qui, en anglais, a pour titre Collapse. How societies… (Voir ci-dessus)

Ensuite, il s’agit d’une mise en forme argumentée et fouillée d’une « intuition » : le moment de l’effondrement de la société occidentale (du modèle ?) est proche.
Quote:
comment gérer les cygnes noirs ? Comment « gérer » le prochain « Fukushima » ? On ne le peut pas vraiment. Il faut plutôt lâcher prise et passer d’un mode « observer, analyser, commander et contrôler » à un mode « expérimenter, agir, ressentir et ajuster ». Ouvrir la raison à l’intuition. En collapsologie, c’est l’intuition — nourrie par de solides connaissances — qui sera donc primordiale. Toutes les informations contenues dans ce livre, aussi objectives soient-elles, ne constituent donc pas une preuve formelle qu’un grand effondrement aura bientôt lieu, elles permettent seulement d’augmenter votre savoir, donc d’affiner votre intuition, et enfin d’agir avec conviction.
(Page 142.)
La Postface d’Yves Cochet n’est pas sans ajouter au malaise qui saisit le lecteur dès l’entame du livre.
Quote:
Y a-t-il matière plus important que celle qui est traitée dans ce livre ? Non. Y a-t-il matière plus négligée que celle-ci ? Non plus. Tel est le paradoxe politique de notre monde : nous continuons de vaquer avec, bien sûr, la ferme intention d’améliorer notre sort par quelques réformes, mais jamais il n’est question de notre disparition à court terme en tant que civilisation, alors que — ce livre le montre à l’envi — jamais nous n’avons eu autant d’indications sur la possibilité d’un effondrement global imminent. Cela n’est pas étonnant de la part des politiques, ici et ailleurs, aujourd’hui et jadis. Quel régime, quel responsable ferait une analyse catastrophisme de l’état du monde et en tirerait la conclusion qu’il faut changer radicalement l’orientation et les politiques publiques de la société qu’il gouverne ? Ce phénomène de déni de la réalité n’est pas simplement dû à la contradiction entre le temps court de la politique — « il faut bientôt penser à ma réélection » — et le temps long de l’écologie — réparer l’écosphère réclame de la durée —, non, ce phénomène relève d’abord des limitations de l’appareil cognitif humain et des contraintes de la psychologie sociale.
En bref, face à l’énonciation d’un événement extraordinaire et monstrueux à venir — ici « l’effondrement du monde » — aucun humain ne peut s’en représenter les effets, alors que cet événement est la conséquence d’actions humaines. Ce décalage est l’une des caractéristiques de la modernité thermo-industrielle analysée par le philosophe Günther Anders, qui qualifiait ces événements de « supraliminaires ». Nous sommes incapables d’en former une image mentale complète et d’en pressentir tous les retentissements. Il en est ainsi des auteurs du présent livre et de moi-même. Nous avons beau examiner les innombrables données et articuler un raisonnement sur celles-ci, il nous est impossible, même d’un point de vue systémique, de forger une représentation rationnelle complète de ce que pourrait être « l’effondrement du monde ». Simplement, nous en ressentons une intuition, au bord de la certitude. Plus impossible encore, si je puis dire, de se représenter les conséquences d’un tel événement. Combien y aura-t-il de morts dus à cet effondrement ?

(Pages 261 et 262.)
Ces deux citations permettent au lecteur de voir quel est le propos du livre.

Toutefois, comment défendre une « intuition » ?
C'est-à-dire : comment démontrer qu'une intuition est fondée ou, à tout le moins, que cette intuition n'est pas q'une affaire de subjectivité et qu'elle peut atteindre l'objectivité ?

S’appuyant sur leurs recherches, en compilant et recoupant de nombreuses études scientifiques, Servigne & Stevens sont persuadés que l’effondrement de notre modèle de société arrivera dans moins de 20 ans.

Pour eux, c’est un fait indiscutable : leur intuition est supportée et confirmée par les faits.
Toute l'argumentation du livre tient alors sur un fil très ténu…

En effet, une « intuition » peut être défendue et argumentée (par une quantité impressionnante d'études scientifiques), pour autant peut-elle être démontrée ?

Le phénomène du réchauffement climatique offre une bonne 'comparaison' :
_ aujourd'hui, il s'agit d'un état de fait démontré ;
_ or, par le passé, ce réchauffement climatique pouvait apparaître comme une simple « intuition », et non comme un fait.

Est-il alors possible de démontrer qu'un « effondrement » va se produire ?
(En passant, notons que le réchauffement climatique, phénomène complexe, est d'une autre nature que l'effondrement d'une société, phénomène autrement plus complexe.)

Rappelons l’optimisme de J. Diamond : l’homme peut changer sa société et assurer l'avenir de celle-ci.

Un modèle de société n’est qu’un modèle parmi d’autres (…existants ou à créer) ; il est possible de changer de modèle, à condition de se poser les bonnes questions, de mettre le doigt sur les problèmes et de réfléchir au moyen de les résoudre.

Pour notre société, par exemple : la fin du pétrole signifie, à terme, la fin du plastique tel que nous le connaissons ; faut-il continuer à utiliser du plastique pour tout et n’importe quoi (composants de drones ludiques, fourchettes, jeux pour enfants, etc.) ou faut-il préserver la production et l’usage du plastique au domaine médical (poches de sang, seringues, etc.) ?


Ce qui est troublant dans le livre de Servigne & Stevens, c’est qu’ils mettent le(s) doigt(s) sur un nombre impressionnant de problèmes mais que, comme dépassés par la somme d'études présentée et la complexité de la situation, ils n’arrivent pas à poser les bonnes questions ni à entrevoir d'échappatoire possible.
L’effondrement, inévitable, devient un scénario auto-réalisateur qui les empêche de penser une transition entre notre modèle actuel de société et un autre modèle.

Néanmoins, ne perdons pas de vue que leur livre n’est qu’un « petit manuel » et que leur but est de prouver que l’effondrement aura lieu. Les questions entourant l’idée de "transition" se situent en dehors de leur champ de vision.
Quelles que soient les opinions ou les positions que nous pourrions avoir à l’égard de ces champs de pensées et de recherches : le « développement durable », la « transition écologique », la « décroissance », etc. ; toutes ces initiatives, certes louables, sont mortes-nées pour Servigne & Stevens… …il est déjà trop tard.

Leur constat est présenté de façon imagée aux pages 129/130 :
Quote:
Aujourd’hui, nous sommes sûrs de quatre choses : 1. la croissance physique de nos sociétés va s’arrêter dans un futur proche ; 2. nous avons altéré l’ensemble du système-Terre de manière irréversible (en tout cas à l’échelle géologique des humains) ; 3. nous allons vers un avenir très instable, « non-linéaire », dont les grandes perturbations (internes et externes) seront la norme, et 4. nous pouvons désormais être soumis potentiellement à des effondrements systémiques globaux. Ainsi, comme de nombreux économistes, climatologues, physiciens, agronomes, écologues, militaires, journalistes, philosophes, ou même politiciens […], nous en déduisons que notre société peut s’effondrer dans un avenir proche. Pour reprendre la métaphore de la voiture, alors que l’accélération n’a jamais été si forte, le niveau de carburant indique qu’on est sur la réserve et que le moteur, à bout de souffle, se met à fumer et à tousser. Grisés par la vitesse, nous quittons la piste balisée et dévalons, avec une visibilité quasi nulle, une pente abrupte truffée d’obstacles. Certains passagers se rendent compte que la voiture est très fragile, mais apparemment pas le conducteur, qui continue à appuyer sur le champignon !
Pour autant, les deux auteurs ne sont pas pessimistes.
Ils sont optimistes.
Mais leur optimisme est tout autre que celui de J. Diamond.
On le comprend en lisant leur définition du mot « effondrement » :
Quote:
Effondrement ?
Il ne s’agit pas de la fin du monde, ni de l’apocalypse. Il ne s’agit pas non plus d’une simple crise dont on sort indemne, ni d’une catastrophe ponctuelle que l’on oublie après quelques mois, comme un tsunami ou une attaque terroriste. Un effondrement est « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis [à un coût raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». Il s’agit donc bien d’un processus à grande échelle irréversible, comme la fin du monde, certes, sauf que ce n’est pas la fin ! La suite s’annonce longue, et il faudra la vivre, avec une certitude : nous n’avons pas les moyens de savoir de quoi elle sera faite. Par contre, si nos « besoins de base » sont touchés, alors on imagine aisément que la situation pourrait devenir incommensurablement catastrophique.

(Page 15)
A cette approche, il faut ajouter une perspective globale qui n’était pas celle de J. Diamond : l’anthropocène.
(Non pas que ce dernier n’était pas au fait de ce courant de pensé et de recherches, mais tout simplement parce que cette perspective ne pouvait servir de ‘cause’ à la disparition des sociétés passées.)
Quote:
[…], ces constats et ces chiffres [utilisés tout au long du livre] sont « froids ». En quoi cela touche-t-il notre quotidien ? Ne sentez-vous pas qu’il y a comme un énorme vide à combler, un trait d’union à faire entre ces grandes déclarations scientifiques rigoureuses et globales, et la vie de tous les jours qui se perd dans les détails, le fouillis des imprévus et la chaleur des émotions ? C’est précisément ce vide que tente de combler ce livre. Faire le lien entre l’Anthropocène et votre estomac. Pour cela, nous avons choisi la notion d’effondrement, car elle permet de jouer sur plusieurs tableaux, c’est-à-dire de traiter aussi bien des taux de déclin de biodiversité que des émotions liées aux catastrophes, ou de discuter de risques de famines. C’est une notion qui touche aussi bien des imaginaires cinématographiques très largement partagés (qui ne visualise pas Mel Gibson dans le désert, armé d’un fusil à pompe ?) que des rapports scientifiques confinés ; qui permet d’aborder différentes temporalités (de l’urgence du quotidien au temps géologique) tout en naviguant à l’aise entre passé et futur ; ou qui permet de faire le lien entre la crise sociale et économique grecque et la disparition massive des populations d’oiseaux et d’insectes en Chine ou en Europe. Bref, c’est elle qui rend vivante et tangible la notion d’Anthropocène.
(Pages 17 et 18.)
Et on saisit mieux leur entreprise lorsqu’ils présentent leur livre :
Quote:
Nous proposons ici de rassembler, à partir de nombreux travaux épars publiés à travers le monde, les bases de ce que nous nommons, avec une certaine autodérision, la « collapsologie » (du latin collapsus, « qui est tombé en un seul bloc »). Le but n’est pas de nourrir le simple plaisir scientifique d’accumulation des connaissances, mais plutôt de nous éclairer sur ce qui nous arrive et qui pourrait nous arriver, c’est-à-dire de donner un sens aux événements. C’est aussi et surtout une manière de traiter le sujet avec le plus de sérieux possible pour pouvoir discuter sereinement des politiques à mettre en place dans une telle perspective.
Les questions qui émergent à la seule allusion du mot « effondrement » sont nombreuses. Que savons-nous de l’état global de notre Terre ? De l’état de notre civilisation ? Un effondrement des cours de la Bourse est-il comparable à un effondrement de la biodiversité ? La conjonction et la pérennisation des « crises » peuvent-elles réellement entraîner notre civilisation dans un tourbillon irréversible ? Jusqu’où tout cela peut-il aller ? En combien de temps ? Pourra-t-on maintenir le geste démocratique ? Est-il possible de vivre un effondrement « civilisé », plus ou moins pacifiquement ? L’issue sera-t-elle forcément malheureuse ?

(Page 20.)
Quote:
Vous ne tenez donc pas dans les mains un livre destiné à faire peur. Nous ne traiterons pas d’eschatologie millénariste ni des possibles événements astrophysiques ou tectoniques qui pourraient déclencher une grande extinction de masse des espèces, comme la Terre l’a vécue il y a 65 millions d’années. Nous avons assez à traiter avec ce que les humains savent faire tout seuls. Ce n’est pas non plus un livre pessimiste qui ne croit pas en l’avenir, pas plus qu’un livre « positif » qui minimise le problème en donnant des « solutions » au dernier chapitre. C’est un livre qui tente d’exposer lucidement les faits, de poser des questions pertinentes, et de rassembler une boîte à outils qui permette d’appréhender le sujet autrement que par les films catastrophe hollywoodiens, le calendrier maya ou la « techno-béatitude ». Nous ne présentons pas seulement un best of des mauvaises nouvelles du siècle, nous proposons surtout un cadre théorique pour entendre, comprendre et accueillir toutes les petites initiatives qui vivent déjà dans le monde « post-carbone » et qui émergent à une vitesse folle.
(Page 21 et 22.)
Quote:
En effet, commencer à comprendre puis à croire en la possibilité d’un effondrement revient finalement à renoncer à l’avenir que nous nous étions imaginé. C’est donc se voir amputés d’espoirs, de rêves et d’attentes que nous avions forgés pour nous depuis la plus tendre enfance, ou que nous avions pour nos enfants. Accepter la possibilité d’un effondrement, c’est accepter de voir mourir un avenir qui nous était cher et qui nous rassurait, aussi irrationnel soit-il. Quel arrachement !
Nous avons également fait la désagréable expérience de voir la colère d’un proche se projeter et se cristalliser sur nous. C’est un phénomène bien connu : pour faire disparaître la mauvaise nouvelle, on préfère tuer le messager, les Cassandre et les lanceurs d’alerte. Mais outre le fait que cela ne résout pas le problème de l’effondrement, nous prévenons dès à présent le lecteur que nous ne sommes pas très friands d’une telle issue... Discutons d’effondrement, mais calmement. Certes, la possibilité d’un effondrement ferme des avenirs qui nous sont chers, et c’est violent, mais il en ouvre une infinité d’autres, dont certains étonnamment rieurs. Tout l’enjeu est donc d’apprivoiser ces nouveaux avenirs, et de les rendre vivables.

(Pages 23 et 24.)
Quote:
Dans la première partie de ce livre, nous aborderons les faits : qu’est-il en train d’arriver à nos sociétés et au systèmeTerre ? Sommes-nous réellement au bord du gouffre ? Quelles en sont les preuves les plus convaincantes ? Nous verrons que c’est la convergence de toutes les « crises » qui permet d’envisager une telle trajectoire. Cependant, un effondrement global n’a pas encore eu lieu (en tout cas pas en Europe du Nord, car la Grèce et l’Espagne en sont peut-être des exemples d’amorce). Il nous faut donc aborder le sujet périlleux de la futurologie. Ainsi, dans une deuxième partie, nous tenterons de réunir des indices qui nous permettent d’envisager cet avenir. Enfin, la troisième partie sera une invitation à donner une épaisseur concrète à cette notion d’effondrement. Pourquoi n’y croit-on pas ? Que nous apprennent les civilisations anciennes ? Comment fait-on pour « vivre avec » ? Comment réagirons-nous en tant que corps social si ce processus dure des dizaines d’années ? Quelles politiques envisager, non pas pour éviter cette éventualité, mais pour la traverser le plus « humainement » possible ? Peut-on s’effondrer en étant conscient de ce qui se passe ? Est-ce si grave ?
(Pages 25 et 26.)
Ces quelques citations suffisent à saisir l'état d'esprit des auteurs ainsi que les buts qu'ils poursuivent dans ce livre.

Pour celles et ceux qui ne supportent pas le battage médiatique autour de cette idée d'« effondrement » (ce livre a fait le buzz…) ou qui ne comprennent pas qu'on puisse consacrer un livre à une « intuition », signalons que ce livre se lit rapidement et agréablement. Les auteurs sont assez pédagogues et pas du tout obtus.

En outre, leur optimisme est salutaire puisqu'il leur permet d'éviter tout catastrophisme.
Et il ne faut pas voir là un paradoxe car, comme ils exposent à plusieurs reprises : l'« effondrement » n'est pas la fin du monde.
Pour être plus précis : l'« effondrement » de notre modèle de société (sur le plan énergétique) ne signifie pas que notre société va s'effondrer ou disparaître.
Des ressources énergétiques vont disparaître et devront être remplacées par d'autres ressources énergétiques, des techniques seront être abandonnées et devront remplacées par d'autres techniques, etc.

Aussi, ajoutons que c'est un très bon livre pour entrer dans la galaxie « effondrement ».
Bien que cette galaxie soit encore dans l'ombre, de nombreux penseurs et nombre de personnes orbitent autour de cette idée d'« effondrement ». (Ce qui donne l'occasion à Servigne & Stevens de marquer les différences entre l'idée d'« effondrement » et celles de "catastrophe", de "fin du monde", etc., étudiées par J.-P. Dupuis, M. Foessël, G. Anders et d'autres.)



Cependant, de nombreux passages dans ce livre sont entachés de biais logiques, c’est-à-dire : les auteurs appuient nombre de leurs démonstrations et argumentations sur des syllogismes fallacieux.

Le problème devient alors le suivant : comment le lecteur peut-il être amené à ‘adhérer’ (à défaut d’être convaincu) à la « collapsologie » lorsque l’argumentation ne tient pas.

Rappelons que la « collapsologie » est censée être un domaine de recherche où l’étude des faits et leur mise en relation visent à démontrer que le mode de développement de certaines sociétés mène à l’effondrement de certaines ressources nécessaires au mode de développement desdites sociétés.

Or comment assurer la 'scientificité' de la « collapsologie » lorsque certaines règles du débat scientifique ne sont pas respectées.
Attention : les citations sont exactes, les études citées sont solides, les exemples sont réels, etc.
Cependant, les auteurs commettent régulièrement l'erreur de confondre la science et les sciences humaines.

Nous citons ci-après quelques exemples des ces biais qui non seulement sont discutables mais, pire, préjudiciables à l'entreprise de Servigne & Stevens : au lieu de convaincre le lecteur qu'un effondrement prochain est possible, ce lecteur finit par se dire que, certes l'effondrement arrivera, mais pas de son vivant.

Pour être plus clair :
_ celles et ceux qui sont convaincus que l'effondrement est proche trouveront dans ce livre de quoi alimenter leurs craintes (ou leurs espérances, c'est selon)
_ celles et ceux qui sont sceptiques resteront sur leur position : oui un effondrement est fort probable ou envisageable, mais quant à prévoir sa réalisation cela reste de l'ordre du lancé de dés
_ celles et ceux qui sont convaincus que l'effondrement est une absurdité ne comprendront pas pourquoi ces deux auteurs s'acharnent à démontrer l'impossible…

La plupart des biais cités ci-dessous reproduisent tous le même 'schéma' : Servigne & Stevens transposent un raisonnement et une démonstration issus d'un domaine de recherche spécifique afin de l'appliquer un à domaine de recherche totalement étranger.

Bien que ces comparaisons ou ces images soient 'parlantes' pour les lecteurs non spécialistes, leurs inexactitudes ne font que desservir l'entreprise menée par Servigne & Stevens.

Premier exemple, passer du 'monde biologique' au 'monde social' :
Quote:
Il y a trois grandes catégories de risques qui menacent la stabilité d’un système complexe : les effets de seuils (phénomènes de « tout ou rien »), les effets en cascade (« de contagion »), et l’incapacité du système à retrouver un état d’équilibre après un choc (phénomène d’hystérésis). Comme nous l’avons vu précédemment, ces risques sont bien présents dans les systèmes naturels dont nous dépendons, mais ils existent également dans nos propres systèmes, comme nous allons le voir pour la finance, les chaînes d’approvisionnement et les infrastructures physiques qui forment nos sociétés.
(Pages 108 et 109.)
Quote:
Certains chercheurs ont décrit comment les chaînes d’approvisionnement mondialisées avaient contribué à l’effondrement du commerce mondial durant la crise de 2008. D’autres ont développé des modèles macroéconomiques pour tenter de comprendre ces mécanismes de contagion. Ils découvrent que, à l’instar du système financier global, les contagions dans les réseaux d’approvisionnement peuvent désormais être comparées aux effets en cascade des chaînes trophiques (que nous avons vus dans le chapitre sur la biodiversité). Le choc, par exemple l’insolvabilité d’un fournisseur, se propage verticalement, puis horizontalement en déstabilisant les concurrents. Pour couronner le tout, les chaînes d’approvisionnement sont d’autant plus fragiles quelles dépendent de la bonne santé du système financier qui offre les lignes de crédits indispensables à toute activité économique.
(Page 114.)
Est-ce que les 'lois' qui régissent des éco-systèmes biologiques sont les mêmes que celle qui régissent des 'éco-systèmes bancaires' ?
Est-ce que l'imprévisibilité qui déclenche des crises dans des éco-systèmes biologiques est de même nature que l'irrationalité qui déclenche des crises dans des 'éco-systèmes bancaires' ?

Second exemple : passer du 'monde économique' au 'monde politique' :
Quote:
une équipe de recherche de l’université d’Indiana aux États-Unis a montré que les investissements pour la conception de technologies innovantes dépendaient plus des trajectoires du passé que des souhaits pour l’avenir. Les investisseurs ne sont pas aussi téméraires qu’on pourrait le penser, ils ont tendance à préférer investir dans ce qui fonctionne déjà et ce que les ingénieurs peuvent améliorer, plutôt que dans un système inconnu qui n’a pas encore fait ses preuves. Cela pourrait expliquer, au passage, pourquoi nous avons tant de mal à essayer de nouveaux systèmes politiques réellement innovants... Dans le même esprit, un facteur de blocage psychologique très important est lié à l’inertie des comportements individuels, à la réticence au changement des individus. Lorsqu’un système est implanté, il crée des habitudes dont nous avons du mal à nous défaire : les sacs plastique des supermarchés, la vitesse de 130 km/h sur les autoroutes, etc.
(Pages 97 et 98.)
Peut-on sérieusement considérer que les investissements politiques fonctionnent comme les investissements économiques ?
Les passions économiques sont-elles de même nature que les passions politiques ?


Un autre travers de Servigne & Stevens est de penser que certaines analyses et/ou certaines théories valent pour tous les modèles de sociétés (un reproche qui vaut aussi pour le livre de J. Diamond) :
Quote:
L’observation des systèmes socio-écologiques (interactions entre systèmes naturels et humains) montre que rien de ce qui est vivant n’est vraiment stable, ni en équilibre. Les systèmes complexes sont plutôt soumis à des dynamiques cycliques. Selon la théorie du cycle adaptatif (et de la panarchie) développée par les écologues C. S. Holling et L. H. Gunderson dès les années 1970 dans le cadre de l’étude de la résilience écologique, tous les systèmes traversent des cycles de quatre phases : une phase de croissance (r) où le système accumule de la matière et de l’énergie ; une phase de conservation (K) où le système devient de plus en plus interconnecté, rigide, et donc vulnérable ; une phase d’effondrement ou de « relâchement » (Ω) ; puis une phase rapide de réorganisation (&), menant à une autre phase de croissance (dans des conditions souvent très différentes), etc. Le système socio-économique industriel actuel, si l’on considère qu’il peut être analysé par ce modèle, aurait fini sa phase de croissance (chapitre 1), se trouverait en phase de conservation, caractérisée par une vulnérabilité accrue (chapitres 2 et 3) et causée par une forte interconnectivité (chapitre 5) et une rigidification du système (chapitre 4).
Par ailleurs, et loin des modèles cycliques, certains se sont appliqués à étudier la dynamique propre à la phase d’effondrement, afin de tenter de répondre à la question lancinante : combien de temps cela peut-il durer ? Pour le physicien et analyste David Korowicz, cette phase peut prendre, en théorie, trois trajectoires : un déclin linéaire, un déclin oscillant ou un effondrement systémique.

(Pages 191 et 192.)

Pour achever ce petit tour critique des points faibles du livre, relevons ce passage :
Quote:
« C’est parce que la catastrophe constitue un destin détestable dont nous devons dire que nous n’en voulons pas qu’il faut garder les yeux fixés sur elle, sans jamais la perdre de vue. » Tel sera le leitmotiv de la collapsologie. Mais alors que, pour Hans Jonas, « la prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise », nous faisons un pas de plus en constatant (35 ans après) qu’il sera très difficile de l’éviter, et que nous pouvons seulement tenter d’en atténuer certains effets.
On peut nous reprocher de noircir le tableau. Mais ceux qui nous accusent de pessimisme devront prouver concrètement en quoi nous nous trompons. La charge de la preuve revient désormais aux cornucopiens. L’idée d’effondrement est devenue très difficile à évacuer, et comme le souligne Clive Hamilton, « les vœux pieux n’y suffiront pas ».

(Page 253.)

Pourquoi les sceptiques devraient-ils prouver leur scepticisme ?
Par ailleurs : une « intuition », pas plus qu’elle ne peut se démontrer, ne peut être combattue.
Où comment (au passage et sans s’en rendre compte ?!) Servigne & Stevens coupent court au débat raisonnable et scientifique en utilisant un argument bancal…




Revenons à leur « intuition » : à quand l’effondrement ?
Quote:
Alors, c’est pour quand ? 2020 ? 2030 ? 2100 ? Ne vous emballez pas, nous ne ferons pas de pronostic […]. Car la difficulté est évidemment de savoir ce que l’on veut précisément dater. « L’événement effondrement » implique différents horizons temporels. Le rythme de la finance n’est pas le même que celui de l’élévation du niveau des mers. Les financiers parlent d’une crise imminente, car aucune leçon n’a été tirée de la crise de 2008. Les climatologues quant à eux traitent aussi bien des événements actuels que de ce qui pourrait advenir dans quelques années ou quelques décennies.
(Page 137.)
En outre, Servigne & Stevens sont conscients de certaines difficultés inhérentes à la condition humaine :
Quote:
Les progrès de la science ont beau être fantastiques, la science butera toujours sur des limites épistémologiques. Dans cette course contre la montre, nous aurons toujours un train de retard, car détecter un signal avant-coureur ne garantit pas que le système n’ait pas déjà basculé dans un autre état. Pour compliquer encore les choses, des signaux avant-coureurs peuvent apparaître sans qu’ils soient suivis d’un effondrement, et inversement, des effondrements peuvent surgir sans émettre de signal avant-coureur. Il peut arriver aussi que des systèmes s’effondrent « doucement », de manière non-catastrophique. On a donc affaire à une véritable « biodiversité » de l’effondrement des systèmes. Ce qui rend les meilleurs signaux avant-coureurs généralisables mais pas universels : leur présence n’est pas synonyme de certitude mais plutôt de forte probabilité d’effondrement.
Enfin, et c’est particulièrement vrai pour les systèmes sociaux et financiers, il est très difficile et coûteux de récolter des données de bonne qualité en temps réel, et il est impossible d’identifier l’ensemble des facteurs qui contribuent à la vulnérabilité de systèmes hypercomplexes. Il semble donc que nous soyons condamnés, pour le moment, à ne pourvoir agir qu'après les catastrophes.
Pour un système complexe comme le système-Terre (voir l’étude publiée en 2012 dans la revue Nature et citée à la fin du chapitre 3), il est effectivement impossible à l’heure actuelle d’affirmer que la présence de signaux avant-coureurs globaux annonce un effondrement de « Gaïa » - et encore moins de donner une date. Mais grâce à ces travaux, nous avons gagné la capacité de « possibiliser » cette catastrophe en faisant référence aux événements géologiques passés et en admettant qu’il y ait une probabilité que cela arrive.

(Pages 153 et 154.)
Du coup :
Quote:
En collapsologie, il nous faut donc accepter que nous ne sommes pas en mesure de tout prévoir. C’est un principe à double tranchant. D’un côté, nous ne pourrons jamais affirmer avec certitude qu’un effondrement général est imminent (avant de l’avoir vécu). Autrement dit, les sceptiques pourront toujours objecter sur cette base. De l’autre, les scientifiques ne pourront pas garantir que nous n’avons pas déjà gravement transgressé des frontières, c’est-à-dire que l’on ne peut pas objectivement assurer à l’humanité que l’espace dans lequel elle vit aujourd’hui est stable et sûr. Les pessimistes auront donc toujours du grain à moudre.
Alors que faire ? Souvenez-vous du tremblement de terre de 2009 à l’Aquila en Italie, les scientifiques avaient été condamnés par la justice pour ne pas avoir estimé clairement les probabilités d’un séisme potentiel. La catastrophe est arrivée malgré les instruments de mesure. Souvenez-vous aussi de la période qui a précédé la crise bancaire de 2008, certains commentateurs très perspicaces avaient tiré la sonnette d’alarme, mais n’avaient évidemment pas été écoutés. Ils avaient su capter grâce à leur intuition de nombreux signes d’une crise imminente, comme les bulles spéculatives dans le marché de l’immobilier américain ou l’augmentation subite du prix de l’or qui agit traditionnellement comme valeur refuge. Mais il leur était impossible de prouver de manière objective et rationnelle ce qu’ils avançaient. La catastrophe est arrivée sans instruments de mesure, et malgré l’intuition des lanceurs d’alerte. Alors comment savoir ? Et qui croire ?
Surtout pas les calculs économiques ou les rapports coûts/bénéfices, ils ne servent à rien ! Car « tant que l’on est loin des seuils, on peut se permettre de taquiner les écosystèmes en toute impunité ». Il n’y a pas de coût, tout est bénéfice ! Et comme le fait remarquer Jean-Pierre Dupuy, « si l’on se rapproche des seuils critiques, le calcul coûts-avantages devient dérisoire. La seule chose qui compte alors est en effet de ne surtout pas les franchir. [...] À cela il faut ajouter que nous ne savons même pas où sont les seuils ». Notre ignorance n’est donc pas une question d’accumulation de connaissances scientifiques, elle est consubstantielle à la nature même des systèmes complexes. Autrement dit, en temps d’incertitude, c’est l’intuition qui compte.

(Pages 155 et 156.)


Conclusion ?
Quote:
« Une surpopulation mondiale, une surconsommation par les riches, et de piètres choix technologiques » ont mis notre civilisation industrielle sur une trajectoire d’effondrement. Des chocs systémiques majeurs et irréversibles peuvent très bien avoir lieu demain, et l’échéance d’un effondrement de grande ampleur apparaît bien plus proche qu’on ne l’imagine habituellement, vers 2050 ou 2100. Personne ne peut connaître le calendrier exact des enchaînements qui transformeront (aux yeux des futurs archéologues) un ensemble de catastrophes en effondrement, mais il est plausible que cet enchaînement soit réservé aux générations présentes. Telle est l'intuition, que nous partageons avec bon nombre d’observateurs, qu’ils soient experts scientifiques ou activistes.
(Page 149.)
Quote:
La fenêtre d’opportunité que nous avions pour éviter un effondrement global est en train de se refermer. Ainsi, dans sa tournée européenne en 2011-2012, Dennis Meadows, plus pessimiste que jamais, répétait dans les interviews, et dans un article qu’il a écrit pour l’institut Momentum : « il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer aux chocs et construire dans l’urgence des petits systèmes résilients ».
Alors ? Que vous murmure votre intuition ? 2020 ? 2030 ? 2100 ?

(Page 173.)




Quelle que soit l'« intuition » du lecteur en refermant ce livre, il faut bien reconnaître que les développements de Servigne & Stevens ne laissent pas indifférent.

Et si ce livre vous laisse sur votre faim, les deux auteurs se sont associés à Gauthier Chapelle pour vous annoncer qu'Une autre fin du monde est possible.

Pour aller plus loin, voici une interview de Pablo Servigne sur le site de la revue Contretemps, vous trouverez une recension plus fouillée de ce livre par F. Bonnet sur le site La vie des idées.




Bonne lecture !
P.

_________________
View user's profile Send private message
petit tonnerre-clbrs
Posted: Mon Oct 22, 2018 2:45 pm Reply with quote
Admiral I

Level 18

26866 / 125000
LiveSkipper Member Joined: 05 Dec 2011 Posts: 3071 FR
Olà , l'ami Bastako !!… Very Happy

Je voudrais juste faire une remarque
sur ta présentation de:
"Tout peut s'effondrer" de Pablo Servigne et Raphaël Stevens .
(Tout en admettant que je n'ai fait que survoler ton post… Embarassed )

Présenter le concept de la collapsologie
comme une simple intuition est, de mon point de vue
encore plus fallacieux que l'image que tu veux donner de leur démarche !...

Je m'explique:
Ce livre est la synthèse de leur recherche.
Ils mettent en référence, des centaines d'ouvrages scientifiques !
(Comme simple intuition, on fait mieux !)

S'ils ont l'honnêteté de dire:
"On n'a pas la preuve",
c'est uniquement, parce que nous sommes confrontés
à une situation totalement incomparable
à ce que le monde a déjà connu !...
Il ne peuvent donc pas s'appuyer sur une expérience similaire
pour dire "Ca va arriver !"...

Nous sommes comme les passagers d'une voiture
lancée à 180 km/h, sans visibilité, sur une départementale !...

On a aucune preuve qu'ils vont se "viander"
avant d'avoir vidé leur réservoir !...

Est-ce que c'est suffisant pour affirmer
qu'ils vont arriver sans encombre à leur destination ?
Est-ce qu'on peut se satisfaire de cette excuse
pour ne pas tenter de les arrêter ?!!...

Ce serait, je pense faire une jolie démonstration de déni !!… Razz
...Et ta réaction me semble être dans le même ordre d'idée... Rolling Eyes Confused

A ta décharge, je veux bien admettre
que leur bouquin s'adresse à des gens convaincus.
Des gens qui, par ailleurs, ont glané suffisamment
d'informations pour arriver mentalement à la même
conclusion que Servigne et Stevens.

Leur ouvrage permet de mettre des mots sur des évidences
qui n'avaient pas encore été structurées mentalement.
Il explore aussi comment se projeter avec cette certitude
en soi...

Si tu cherchais, par ce seul bouquin, à être convaincu
d'un sujet qui t'était totalement étranger...
C'est clair: Ca ne suffira pas !!

Je t'invite à t'intéresser à tous les liens que j'ai mis
sur le topic des Colibris, durant les nombreux échanges que j'ai eu
avec PO !... Razz

...Et tu auras certainement un autre regard
et une autre analyse du bouquin de Servigne !... Smile Wink

Si tu considères toujours l'élément déclencheur de leurs propos
de l'ordre de l'intuition, pense alors que si nous ne faisons rien
(Et comme le disait Hulot: "Des petits pas ne suffiront pas !):

- 2° de réchauffement climatique impliqueront
le déplacement d'1 milliard d'êtres humains.

-L'effondrement de la biodiversité a déjà commencé
(- 80% des insectes en 15 ans et 40% des oiseaux en 20 ans.)
avec des conséquences sur l'environnement nécessaire à notre survie
qu'on arrive pas encore à quantifier !...

- 50 % des terres arables ont disparu à cause de l'agriculture intensive
=> Comment nourrir une humanité de 10 millard d'individus ?!...

-A l'allure où nous pêchons et où nous pulluons la mer,
il y aura bientôt plus de plastique que de poissons dans les océans !!...

Etc...
(Et toutes les références du livre de Servigne vont dans ce sens !)

Veux-tu que je te rajoute encore quelques informations "intuitives" (?)...
...Ou tu commences à réaliser la problématique de ce qui attend
l'humanité dans les décennies à venir !!???...

PT (Qui voulait faire un post court...
...Et qui a encore raté son coup !!... ) Rolling Eyes Laughing Wink

_________________
View user's profile Send private message
Bastako-clbrs
Posted: Mon Oct 22, 2018 4:12 pm Reply with quote
Admiral II

Level 19

122494 / 175000
LiveSkipper Member Joined: 04 Nov 2014 Posts: 1355 Location: loin de l'océan... FR
Yo Petit tonnerre !

Very Happy

Honnêtement, ma présentation est plus que sympathique à l'égard du livre de Servigne & Stevens :

_ toutes les citations permettent à ceux qui passent par ici de remettre en contexte l'emploi du terme « intuition », en outre toutes les citations offrent des arguments pour contredire mes critiques négatives ;

_ par ailleurs, je me répète (puisque nous avons eu cette discussion ailleurs) : dans ma présentation (et dans nos discussions) je critique (positivement et négativement) un livre et non une réalité difficilement saisissable ;

_ en outre, afin que chacun(e) puisse se faire son avis j'ai mis un lien vers une interview très éclairante quant au message de P. Servigne, ainsi qu'un lien vers une véritable recension de ce livre.



Autrement, je crois que tu n'as toujours pas saisi ma position :

1/ mon état d'esprit est très bien résumé dans la citation d'Y. Cochet :
Quote:
face à l’énonciation d’un événement extraordinaire et monstrueux à venir — ici « l’effondrement du monde » — aucun humain ne peut s’en représenter les effets, alors que cet événement est la conséquence d’actions humaines. Ce décalage est l’une des caractéristiques de la modernité thermo-industrielle analysée par le philosophe Günther Anders, qui qualifiait ces événements de « supraliminaires ».
Je ne nie absolument pas que l'état de notre planète (pour ne pas parler des tensions géopolitiques) est catastrophique. (Et je n'ai pas attendu le mouvement des Colibris, Servigne & Stevens ou N. Hulot pour me renseigner ni m'en rendre compte…)

2/ ce qui à la fois m'intéresse, m'intrigue et me pose problème dans le livre de Servigne & Stevens c'est cette notion d'« effondrement » et leur prévision d'un effondrement.

3/ là où le bât blesse (Y. Cochet le reconnaît lui-même), c'est le recours à l'« intuition ».
Tu peux me reprocher d'appuyer là-dessus, ok ; mais lorsque quelqu'un donne à son contradicteur le bâton pour se faire battre pourquoi ce dernier s'en priverait-il ?

4/ tu me taquines en me proposant des liens vers encore plus d'études scientifiques.
Là n'est pas la question …mais plutôt le problème :
_ les différentes manifestations du "changement climatique" sont prévisibles (jusqu'à un certain point) parce qu'il s'agit là de réactions physico-chimiques répondant à des lois physico-chimiques ;
_ les différents manifestations de "l'effondrement d'une société" ne sont pas prévisibles (jusqu'à un certain point) parce que, parmi ces manifestions, tu trouves un facteur irrationnel répondant à d'autres types de lois : l'être humain.

Et je ne joue pas sur les mots : les lois sociales (comme a pu les décrire Montesquieu en son temps) ne sont pas des lois physico-chimiques.
J. Diamond, dans son bouquin, tente justement de montrer que différentes sociétés par le passé ont réussi à éviter l'effondrement parce qu'elles ont su changer à temps de modèle de société.

Aussi est-ce pourquoi le livre de Servigne & Stevens me laisse dubitatif : autant d'études scientifiques regroupées pour montrer qu'un effondrement est inéluctable en oubliant le facteur primordial de cet effondrement : l'être humain qui, par son comportement social, pourrait ou non empêcher cet effondrement.

5/ quant à ta position : tu es persuadé, comme Servigne & Stevens, que l'effondrement arrive (qu'il est proche).
Soit.
A partir de là, le débat entre nous est clos ; tout comme le débat entre Servigne & Stevens et leurs contradicteurs est clos par avance, car tel est au fond l'argument des auteurs : aux sceptiques de prouver que l'effondrement n'aura pas lieu…
(C'est franchement inacceptable : même un scientifique convaincu que l'effondrement de notre modèle de société occidentale "thermo-industrielle" est proche n'emploierait pas ce type d'argument !)

Et il ne s'agit pas d'être dans le déni :
_ je ne remets pas en cause la possibilité d'un effondrement ;
_ je remets en cause leur vision de l'« effondrement » du modèle de société occidentale "thermo-industrielle".

Et, encore une fois, je critique un livre, il ne s'agit en aucun cas pour moi de statuer sur la réalité.
(Ai-je nié que l'écologie politique française trouvait certaines de ses racines dans le XIXè siècle français ? Ai-je condamné l'anarchisme ? Ai-je mis en doute la permanence et l'identité de la société inuit entre l'arrivée des Vikings et aujourd'hui ?)

Et, enfin, si tu en doutes, je fais déjà beaucoup pour lutter contre l'« effondrement » à venir …même si j'ai du mal à l'envisager :
_ je n'ai pas de permis de conduire et ne roule qu'en vélo (…même si, parfois, je prends le train pour visiter des connaissances…) ;
_ je ne chauffe pas chez moi car c'est très bien isolé ;
_ je ne compte pas faire d'enfant(s) (…parce que j'ai d'autres choses à faire !) ;
_ ma consommation personnelle se résume à acheter de la nourriture, des livres et des pièces de vélo ;
_ etc.
Bien évidemment, il reste des points à améliorer : changer de banque, m'assurer que mon électricité provient d'une énergie verte, acheter des aliments provenant de ma région, etc., etc.



Bref, tout ça pour te dire que nous n'en sortirons jamais de cette discussion :
_ tu es convaincu ;
_ je suis sceptico-pragmatique.


Wink

_________________
View user's profile Send private message
assezdessai
Posted: Sun Oct 28, 2018 11:41 am Reply with quote
Admiral III

Level 20

90493 / 225000
LiveSkipper Member Joined: 07 Apr 2012 Posts: 2767 Location: Karukera "l'ile aux belles eaux" GP
https://reporterre.net/La-transition-ecologique-a-echoue-vivons-avec-l-idee-d-effondrement?utm_source=actus_lilo

_________________
La musicothérapie au service de la fracture ouverte
Pour un lumbago, Nougaro ou bien Django
Une jambe cassée, AC/DC et c’est soigné .

Je voulais parler de ce mec qui est mort en février
Je voulais parler de Bon Scott ce type était mon pote
View user's profile Send private message
Bastako-clbrs
Posted: Sun Oct 28, 2018 3:27 pm Reply with quote
Admiral II

Level 19

122494 / 175000
LiveSkipper Member Joined: 04 Nov 2014 Posts: 1355 Location: loin de l'océan... FR
Merci pour ton lien Assezdessai (et merci aussi pour le lien posté dans la page du Club).


Vu que tu n'as rien écrit en accompagnement de ton lien, je ne sais pas trop quoi te répondre.
Neutral
Du coup, je vais répondre à la tribune.
Wink




Tout d'abord, je note que cette "tribune" est dans la lignée du bouquin de Servigne & Stevens.
On retrouve le même état d'esprit : l'effondrement est là, 'parler de' ou 'penser une' transition entre deux modèles de société ne sert à rien.

Pire : les auteurs de cette tribune font ce que les 'écolos' savent faire de mieux : tirer à vue sur d'autres courants 'écolos'…

C'est déprimant… …et désespérant…


Sinon, en vrac :

Sur l'écologie politique :
Quote:
Il semble bien que les plus agressés par le sujet de l’effondrement soient ceux qui portent la stratégie dominante du mouvement écologiste, la « transition », que notre petit groupe de travail a définie comme ceci : « Mouvement ayant pour objectif la transformation progressive de nos sociétés industrielles en sociétés soutenables, c’est-à-dire ne dégradant pas le milieu naturel qui leur permet d’exister. » Dans le mouvement de la transition, le constat est aussi terrible et catastrophiste que dans les groupes traitant d’effondrement. Mais la stratégie en place ne souffre pas de voir apparaître ce mot : le but est de mobiliser largement pour éviter l’innommé, car il n’est pas trop tard, il nous reste 10 ans, ou cinq, ou deux, suivant les sources. La nécessité de stopper la machine extractiviste est clairement exprimée, les méchants sont clairement identifiés, banques et multinationales. Mais les conséquences de cette transition sur notre mode de vie, notre consommation et notre niveau de confort sont, elles, plutôt discrètes dans cette communication léchée. Le mot « décroissance » est utilisé, il aura fallu 10 bonnes années pour qu’il soit adopté, mais le mot seul suffit, sans donner de détails, au risque qu’ils soient démobilisateurs.
Quelle peut bien être l'utilité de discréditer les idées de « décroissance » et de « transition » ?
Montrer que l'on saisit mieux la 'réalité', que l'on sait exactement ce qu'il se passe 'réellement' ?
Montrer que son courant 'écolo' est plus 'conséquent' que les autres courants 'écolos' ?
Quote:
Ce qui était appelé « changement de société » ou « révolution » dans les années 1970 et qui se nomme maintenant « transition » ou « changement de système » est-il en cours ? Non, la transition en est toujours au stade de la théorisation et de la médiatisation.
Oui, effectivement.
Mais est-ce que les 'écolos' qui ont lancé ces idées sont responsables de cet état de fait ?
Quote:
nous partageons le constat de l’échec de ce catastrophisme éclairé, ainsi que celui de toutes les autres approches de la question écologique. Car il semble bien qu’aucune stratégie ne fonctionne : la probabilité du pire ne cesse de croître, son échéance se rapproche et le chantier pour l’éviter apparaît de plus en plus irréalisable. C’est le mouvement écologiste dans son ensemble qui est en échec, et bien peu de ses porte-paroles semblent disposés à le reconnaître.
Faux !
C'est archi-faux !
Ce n'est pas le mouvement écologiste qui est en cause.

Bien plutôt :
_ c'est la classe politique française toute entière qui est en cause (à droite comme à gauche : l'écologie concerne tout le monde !) ;
_ ce sont les citoyens français qui sont en cause (les français préfèrent leur condition présente et/ou leurs loisirs plus que l'avenir de leur planète : c'est leur faute !) ;
_ ce sont les industriels français qui sont en cause (ils préfèrent réfléchir à court terme et ne pas penser à long terme : c'est leur faute !) ;
_ etc. ;
_ etc.

Pour faire court : tout le monde est responsable.

Aussi, vouloir tirer à vue sur d'autres 'écolos', ce n'est pas voir que parmi ses concitoyens :
_ certain(e)s sont bornés (comme Luc Ferry à une époque…) ;
_ certain(e)s sont bêtes (comme Claude Allègre…) ;
_ certain(e)s sont incultes, ou ne veulent pas ou ne peuvent pas voir autre chose que leur nombril (comme De Rugy…) ;
_ certain(e)s ont d'autres problèmes qui les empêchent de voir autre chose que leur propre situation…

Bref, pas la peine de tirer sur l'ambulance alors que l'hôpital ne s'occupe même plus de soigner ses patients…



Quant à ce passage :
Quote:
Combien de personnes pour le Tour Alternatiba ? Quelques milliers. Combien de personnes dans la rue pour la mort de Johnny ? Des centaines de milliers. Combien de personnes pour les récentes Marches pour le climat ? Quelques dizaines de milliers. Combien de personnes dans la rue pour le dernier épisode footballistique ? Des millions.
On retrouve ici le même genre de confusion que dans le livre de Servigne & Stevens…

Alternatiba : ONG politique.
Johnny : chanteur.
Où est le rapport ? Où est le lien !

Marches pour le climat : manifestation politique.
Coupe du monde : manifestation sportive.
Où est le rapport ? Où est le lien !

Si l'argument des auteurs repose sur le fait que, à chaque fois, on retrouve 'une foule dans la rue', alors cet argument est irrecevable et non pertinent.

Faut-il comparer du lait de vache à du lait de chèvre ou un lait de vache à un autre lait de vache (ou un lait de chèvre à un autre lait de chèvre) ?

Lorsque deux évènements sont de natures autres, la comparaison ne tient pas !
D'un côté du politique, de l'autre de la culture.
D'un côte du politique, de l'autre du sport.

Certes, à chaque fois, on retrouve 'des gens' dans la rue.
Mais est-ce que ce sont les mêmes gens ?
Est-ce que ces gens sont dans la rue pour le même motif ?
Est-ce que les mêmes émotions et/ou les mêmes passions sont mobilisées lors des évènements politiques, culturels et sportifs ?

Par ailleurs, sous-entendre (sans le dire explicitement) que 'manifester' sa tristesse à la disparition d'un chanteur ou que 'manifester' sa joie lors d'une performance sportive sont deux choses moins importantes que 'manifester' pour une cause politique, c'est faire montre de peu d'esprit…

Ah ! Mais j'oubliais : les auteurs de cette tribune sont 'sophrologue' et 'ingénieur'…
N'est pas penseur politique qui veut !

N'est pas 'penseur tout court' qui veut… A la fin du paragraphe comparant toutes ces manifestations, on trouve ceci :
Quote:
La population, malgré sa passivité actuelle, est-elle prête à accepter les changements qu’induirait une transition à la hauteur des enjeux ? Non, il faudrait pour cela un retournement complet de la propagande médiatique et encore 10 à 20 ans d’éducation populaire intense.
Que vient faire ce "malgré sa passivité actuelle" dans cette question ?

Et que vient faire la "propagande médiatique" ici ?
Lorsque la majorité de nos concitoyens se contrefichent de l'écologie, il ne faut pas avoir peur de le dire : l'écologie n'intéresse pas les gens.
Apparemment, nos concitoyens ont d'autres problèmes, d'autres préoccupations ou d'autres loisirs qui les occupent à temps plein.
Pas la peine de se voiler la face.

Quant à croire que "10 à 20 ans d’éducation populaire intense" suffiront, c'est vraiment être aveugle au fait que sans l'Etat, sans les industriels et sans la classes politique, rien ne se fera.

En appeler au 'peuple' ou croire que le 'populaire' est une réponse suffisante relève de la naïveté…
Certes, il est nécessaire d'éduquer ou de sensibiliser la population, mais est-ce suffisant ?



Oui, Alternatiba est une bonne initiative.
Oui, le "Tour Alternatiba" fut un beau projet et une belle réalisation, avec un fort écho.

Mais, par pitié membres d'Alternatiba, arrêtez d'écrire ce genre de tribunes 'contre-productives'…
Confused





Je n'ai rien contre toi Assezdessai hein !
Mr. Green
C'est juste que c'est fatiguant de lire ce genre de choses…
(Surtout que le site Reporterre est coutumier du fait.)

_________________
View user's profile Send private message
assezdessai
Posted: Sun Oct 28, 2018 11:06 pm Reply with quote
Admiral III

Level 20

90493 / 225000
LiveSkipper Member Joined: 07 Apr 2012 Posts: 2767 Location: Karukera "l'ile aux belles eaux" GP
Oui bon ben j'vais rajouter 2 mots

C'était aussi pour souligner le fait que même chez les écolos certains ne croient pas aux mêmes conséquences néfastes de nos activités humaines

Quote:
Quelle peut bien être l'utilité de discréditer les idées de « décroissance » et de « transition » ?


Je n'ai pas eu tout à fait la même lecture que toi . Le discrédit portant plus sur les gens de leur propre mouvement qui veulent pouvoir fédérer plus de personne et donc en essayant de n'en effrayer aucune.

Quote:
Mais est-ce que les 'écolos' qui ont lancé ces idées sont responsables de cet état de fait ?


Un peu quand même parce qu'ils n'ont pas su les faire partager par le plus grand nombre et que donc des stratégies "politiciennes" ont été mises en place pour fabriquer un ou des partis politiques et par conséquent des politiciens écolos .

et donc
Quote:
Pour faire court : tout le monde est responsable.


Là j'suis 100% d'accord Cool

Après dire de Claude Allègre qu'il est bête est quand même assez réducteur ( même si, entendons nous bien, je l'ai trouvé bête sur sa position, en son temps, sur le climat)

Alternatiba
Ils auraient surement aimé avoir autant de monde que pour Johnny ou pour la descente des Champs Elysées
Et si les gens ne descendent pas dans la rue ils sont en droit de se demander s'ils se sentent concernés.

Quote:
Faut-il comparer du lait de vache à du lait de chèvre ou un lait de vache à un autre lait de vache (ou un lait de chèvre à un autre lait de chèvre) ?


Demande ça à nos amis producteurs de camembert : de Normandie ou fabriqué en Normandie ?

T'as l'impression que la population est active sur le sujet ?

Et enfin tu aurais pu citer la suite
Quote:
Vraiment, le compte n’y est pas pour que nous puissions scander « Alternatiba, la transition est là ! » ce que nous avons pourtant fait le 6 octobre à Bayonne, portés par un grand élan d’enthousiasme et d’illusion collective.

L’effondrement est inévitable et cela ne veut pas dire démobilisation générale, cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien à faire. Cela veut dire que nous devons être plus modestes, plus humbles.

Nous avons perdu sur l’objectif principal, rendre nos sociétés écocompatibles, mais la vie et les luttes continuent. La plupart de nos actions passées et en cours restent pertinentes mais l’objectif global est à reformuler.

L’effondrement n’est plus un avenir à éviter, il n’est pas non plus un événement à passer mais une période qui s’ouvre, une période à vivre, une période qui sera brève à l’échelle de notre civilisation mais probablement longue dans nos agendas d’écologistes. Créer des espaces de résilience, préserver de l’humanité et de la dignité au sein de la tourmente, accueillir tous ceux qui voudront bien nous rejoindre sont des objectifs certes plus modestes que celui de la transition de l’ensemble de la société mais ils sont à notre mesure.


Des mecs font un constat d'échec et malgré tout continuent à y croire moi j'aime bien cette note "d'optimisme".

C'est vrai aussi que Reporterre ... en même temps c'est leur cible hein ?

_________________
La musicothérapie au service de la fracture ouverte
Pour un lumbago, Nougaro ou bien Django
Une jambe cassée, AC/DC et c’est soigné .

Je voulais parler de ce mec qui est mort en février
Je voulais parler de Bon Scott ce type était mon pote
View user's profile Send private message
Bastako-clbrs
Posted: Tue Oct 30, 2018 3:27 pm Reply with quote
Admiral II

Level 19

122494 / 175000
LiveSkipper Member Joined: 04 Nov 2014 Posts: 1355 Location: loin de l'océan... FR
assezdessai wrote:
Oui bon ben j'vais rajouter 2 mots
Merci Assezdess' !
(Et merci aussi pour le lien que tu avais posté sur la page de club des Colibris.org.)
Wink


assezdessai wrote:
C'était aussi pour souligner le fait que même chez les écolos certains ne croient pas aux mêmes conséquences néfastes de nos activités humaines.
Oui, effectivement.
Ceci est sans doute dû aux "croyances", aux "opinions", aux "avis étayés", etc., des uns et des autres, je veux dire : des différents courants et mouvements écolos.
(Je mets les termes ci-dessus entre guillemets parce que ces courants se renvoient/se jettent ces termes dans différents sens et dans différents contextes…)

Le fait que tous les écolos ne croient pas au même 'dénouement' ne me choque (ou ne me dérange) pas plus que ça.
De mon point de vue : c'est la nature même de la politique.

Je veux dire : la question de "l'effondrement" est une question (un problème ou un enjeu) profondément politique :
_ aujourd'hui, le WWF vient de publier un nouveau rapport à propos de la disparition des espèces animales (plus rapide que prévue, et qui accélère même…) ;
_ une fois que cette information (ces données scientifiques) sont disponibles (et certaines), qu'en faire ? Que faire ? Quoi faire ? Comment faire ?

Ces questions sont proprement politiques.
Et il n'y a pas de réponse idéale.


assezdessai wrote:
Je n'ai pas eu tout à fait la même lecture que toi . Le discrédit portant plus sur les gens de leur propre mouvement qui veulent pouvoir fédérer plus de personne et donc en essayant de n'en effrayer aucune.
Dans ce cas-là c'est encore pire.

Si je te comprends bien : tu es en train de me dire que ce texte ne serait destiné qu'aux membres d'Alternatiba ne partageant pas la perspective des auteurs sur la question de "l'effondrement".

Si tel est le propos de cette tribune, c'est pitoyable…
Comme s'il fallait diviser encore plus le peu de 'troupes écolos' restantes…
Confused


assezdessai wrote:
Bastako wrote:
Mais est-ce que les 'écolos' qui ont lancé ces idées sont responsables de cet état de fait ?
Un peu quand même parce qu'ils n'ont pas su les faire partager par le plus grand nombre et que donc des stratégies "politiciennes" ont été mises en place pour fabriquer un ou des partis politiques et par conséquent des politiciens écolos.
Je reste sur ma position.

Que les "gens" (le "peuple", les "citoyens", les "individus", etc.) ne s'intéressent pas à autre chose que leur nombril, ce n'est pas la faute des 'écolos'.

Je me souviens d'un bon mot : "Si tu ne t'occupes pas de politique, la politique s'occupera de toi".
C'est exactement ce qu'il est en train de se passer, et ce qu'il s'est passé avec les 'discours écolos' qui n'ont pas pris.
Les "gens" ne veulent pas s'occuper de la politique… …ils en payent les conséquences.

Attention : je ne dis pas qu'en s'occupant plus de politique tout irait mieux, peut-être que nous aurions des fascistes au pouvoir ou des extrémistes d'un autre bord.
Là n'est pas la question.

La question est plutôt celle-là : pourquoi croire qu'en déléguant à d'autres le soin de s'occuper des ses affaires celles-ci seront mieux gérer ?
La nature c'est l'affaire de tous : pourquoi croire que d'autres (hommes politiques, industriels, ONGs, etc.) seraient mieux à même de s'en charger ?

Que des partis 'écolos' existent n'est pas une absurdité, ni une solution, ni quoi que ce soit.
C'est juste un fait : des hommes politiques se sont dits qu'ils seraient bien (ou juteux, ou rentable politiquement, etc.) de créer un parti 'écolo'. (Corinne Lepage n'avait vraisemblablement pas les mêmes motivations politiques que Noël Mamère, Brice Lalonde, etc.)
On peut aussi se poser cette question : pourquoi le parti 'écolo' allemand 'marche mieux' que n'importe quel parti 'écolo' français… …?

Et donc oui :
assezdessai wrote:
Bastako wrote:
Pour faire court : tout le monde est responsable.
Là j'suis 100% d'accord Cool
(Même s'il est toujours facile de le dire derrière son clavier …et là je parle pour moi !)

assezdessai wrote:
Après dire de Claude Allègre qu'il est bête est quand même assez réducteur ( même si, entendons nous bien, je l'ai trouvé bête sur sa position, en son temps, sur le climat)
Oui, oui.
J'y suis allé fort.

Mon allusion à C. Allègre visait précisément ce mot malheureux (et le bouquin qui suivit…) !

assezdessai wrote:
Alternatiba
Ils auraient surement aimé avoir autant de monde que pour Johnny ou pour la descente des Champs Elysées
Et si les gens ne descendent pas dans la rue ils sont en droit de se demander s'ils se sentent concernés.
Tout à fait d'accord avec toi.

C'est juste que la manière dont les auteurs de cette tribune se posent la question relève du niveau d'un élève de 3ème…

Toutefois, je n'exclue pas la possibilité que tout ce paragraphe soit un artifice rhétorique : faire semblant de poser des questions naïves pour faire réfléchir les gens en vue de les mobiliser.

Quant à ce que la population soit concernée : ça c'est la bonne question à poser, mais pas en comparant des évènements qui ne reposent pas sur les mêmes passions.
Johnny qui meurt et dont les chansons ont pu accompagner toute une vie : émotion palpable et immédiate.
MBappé qui marque en finale de la Coupe du Monde (ou Pavard en demi) : émotion instantanée et palpable.
L' "effondrement" en cours et à venir : … … … …

Que pouvons-nous bien palper ?
La disparition des insectes par milliers : mes nuits sont plus tranquilles et lorsque je conduis mon vélo je n'ai plus besoin de lunettes…

Plus sérieusement : comment ressentir quelque émotion face à un effondrement ?
Ça c'est réellement problématique : comment faire ressentir aux gens qu'il est véritablement en train de se passer quelque chose de catastrophique ?

assezdessai wrote:
Bastako wrote:
Faut-il comparer du lait de vache à du lait de chèvre ou un lait de vache à un autre lait de vache (ou un lait de chèvre à un autre lait de chèvre) ?


Demande ça à nos amis producteurs de camembert : de Normandie ou fabriqué en Normandie ?
Je suis bien d'accord.

Je discutais l'autre soir avec un pote de pote qui commence une reconversion comme fromager.
Il m'a dit : actuellement il existe moins d'une dizaine de fromagers qui produisent de la véritable fourme d'Ambert (à l'ancienne avec du lait cru, si je ne dis pas de bêtises).
Pour le reste de la production : l'appellation est inexacte…



assezdessai wrote:
T'as l'impression que la population est active sur le sujet ?
Non.

Pour autant : je ne vais pas m'amuser à tirer à vue sur tous les courants 'écolos' qui ne partagent pas ma position.

Que l'effondrement arrive ou non ne change rien au fait qu'il faille continuer à sensibiliser la population et à parler de "transition" ou de "décroissance".

Comme les auteurs le reconnaissent eux-mêmes : le "catastrophisme éclairé" de H. Jonas et J.-P. Dupuis a échoué.
Autrement dit : toutes les stratégies mises en place jusqu'alors ont échoué…

Comme d'habitude (je dirais), la seule 'issue' ou 'solution' réside dans l'éducation des jeunes générations : les enfants et les adolescents.
Il n'y a qu'en leur bourrant le crâne qu'il sera possible d'éviter le pire…


assezdessai wrote:
Et enfin tu aurais pu citer la suite
[…]
Des mecs font un constat d'échec et malgré tout continuent à y croire moi j'aime bien cette note "d'optimisme".
C'est vrai !
Embarassed
Je me suis attardé sur ce qui me semblait problématique dans leur tribune, alors que leur optimisme est toujours là.
(Et c'est aussi ce qui est troublant : pourquoi tirer sur des gens déjà convaincus alors qu'il faudrait d'abord chercher à convaincre ceux qui ne le sont pas… …?)


Et donc je re-cite :
Quote:
Vraiment, le compte n’y est pas pour que nous puissions scander « Alternatiba, la transition est là ! » ce que nous avons pourtant fait le 6 octobre à Bayonne, portés par un grand élan d’enthousiasme et d’illusion collective.

L’effondrement est inévitable et cela ne veut pas dire démobilisation générale, cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien à faire. Cela veut dire que nous devons être plus modestes, plus humbles.

Nous avons perdu sur l’objectif principal, rendre nos sociétés écocompatibles, mais la vie et les luttes continuent. La plupart de nos actions passées et en cours restent pertinentes mais l’objectif global est à reformuler.

L’effondrement n’est plus un avenir à éviter, il n’est pas non plus un événement à passer mais une période qui s’ouvre, une période à vivre, une période qui sera brève à l’échelle de notre civilisation mais probablement longue dans nos agendas d’écologistes. Créer des espaces de résilience, préserver de l’humanité et de la dignité au sein de la tourmente, accueillir tous ceux qui voudront bien nous rejoindre sont des objectifs certes plus modestes que celui de la transition de l’ensemble de la société mais ils sont à notre mesure.

Wink

_________________
View user's profile Send private message

Display posts from previous:  

All times are GMT
Page 2 of 2
Goto page Previous  1, 2
Post new topic

Jump to:  

You cannot post new topics in this forum
You cannot reply to topics in this forum
You cannot edit your posts in this forum
You cannot delete your posts in this forum
You cannot vote in polls in this forum